The Gentlemen – 2020

the gentlemen movie

S’il y a une chose que je déteste dans les films et les séries, c’est devoir supporter des personnages qui prennent des décisions que je n’aurais jamais prises à leur place ou qui sont affectés d’un caractère ou d’un trouble de la décision qui les conduit à agir de manière stupide, non logique, non censée, voire pire, détestable (si vous regardez la Casa de Papel, vous voyez de quoi je parle, ces ficelles scénaristiques ridicules qui rallongent artificiellement une intrigue qui ne sait pas se tenir).

Dans The Gentlemen de Guy Ritchie, qui finalise enfin sa trilogie de qualité (démarrée avec ses deux premiers films et mise en suspens de nombreuses années durant lesquelles ses errements et cachetonnages l’ont conduit à ne réaliser que d’immenses bouses sans saveur), les personnages, pour fous qu’ils sont tous à leur manière, sont avant tout très humains. Amoraux à peu près complètement, ils se révèlent très attachants au point qu’on jubile de leur bonne fortune tout au long du film. Leurs actions ne sont dirigées que par leur intérêt réfléchi dans un contexte chaotique très fun, sans être dominées par un ego abrutissant.

L’histoire est le deuxième élément fondamental d’un film. Ici, pas de chichi, elle est retorse, alambiquée, se déroule tambour battant avec ironie et effet miroir constants. Les allers retours, entre l’excellente narration d’un Hugh Grant aussi en forme que bedonnant et le déroulé de cette pièce occupée pour majeure partie par un Matthew McConaughey sobre et efficace et un Charlie Hunnam surprenant tout en explosion contenue, qui se paye le luxe de ne montrer que les scènes qui ne montrent rien, assoient une marque de fabrique autant qu’un style, une vision, un trait de génie, sinon un vrai travail de qualité. Je ne sais plus qui disait que de toutes façons, au cinéma, il ne fallait filmer que lorsqu’il ne se passait rien. Du coup quand il ne se passe rien, on boit les dialogues ciselés, leur accent so british, la pression qui monte tout en sentant un petit hommage à Pulp Fiction qui ne se dément jamais (la différence majeure se trouvant dans le fait que The Gentlemen fait aboutir la pression).

Jusqu’au bout, on tremble. Et si on devait trouver quelques défauts, flaws en anglais, à ce long métrage maîtrisé, il faudrait pinailler en allant chercher du côté de la relation que Mickey entretient avec son épouse, un peu survolée, ou encore vers l’épilogue, peut-être pas complètement nécessaire après un final en feu d’artifice, mais qui permet de glorifier un personnage trop peu vu jusque là (pas de mention pour éviter tout spoil sur son devenir).

Bref, dans cette année fumeuse et fumiste, The Gentlemen le sont pour de vrai. Une réussite de bout en bout !

En finir avec Eddy Bellegueule – 2014

Edouard Louis - en finir avec Eddy Bellegueule

Pour un premier roman, qui plus est autobiographique, on peut dire qu’Edouard Louis décoiffe. Et pas qu’un peu ! Il soulève des polémiques, remue les tripes des petits journalistes parisiens, fait s’insurger les bien pensants, fait s’apitoyer les prétentieux, et donne au passage un certain plaisir au lecteur lambda. 

Et ça tombe bien parce que, des lecteurs lambda, il y en a plein. Dont votre serviteur. 

Donc on lit En finir avec Eddy Bellegueule. On a beau être réticent sur les autobiographies, on rentre dedans. On a beau être solide et avoir le coeur bien accroché, on morfle en lisant les malheurs du pauvre narrateur. On a beau aimer les destins torturés et les histoires sombres, on en a pour son argent. Et dire qu’il a vraiment traversé toutes ces épreuves. Ça fait froid dans le dos. 

Il est pourtant attachant ce petit gars. Il est né au mauvais endroit, au mauvais moment. Mais ils sont bien nombreux et on le comprend bien en lisant à être, comme lui, nés au mauvais endroit. Tous ces villages, toutes ces régions de France déclassées, tous ces pauvres qui subissent un système qui les écrase sans leur laisser la moindre chance. C’est terrible. Le petit Eddy a eu une chance inouïe dans son malheur insondable. On sent dans sa plume cette fragilité, cette conscience d’échapper à une broyeuse sans foi ni morale. 

On sent l’amour et l’ambivalence des personnages qui l’accompagnent pendant toutes ces années. On sent son désir de crier au monde qu’il a le droit d’être, lui aussi, après tout. 

Si on peut reprocher quelques problèmes de maturité littéraire (mais pour qui tu te prends connard ?), sur les questions de temporalité ou quelques tournures inutilement alambiquées, voire grammaticalement étranges, on ne peut que participer à cette (més)aventure avec délectation. Une délectation au goût doux-amer, qui remue un peu en dedans, provoque quelques introspections, fait savourer son propre quotidien merdique et insignifiant, mais une délectation quand même. Un livre qui se lit d’une traite. 

Un premier jet de grande classe qui donne envie de lire la suite et de tirer son chapeau au désormais transfuge de classe pour avoir survécu et nous rapporter ce monde fait d’injustices et rien que d’injustices. 

Dunkerque – 2017

Dunkerque est à l’image des autres films de Christopher Nolan. Il en reprend les qualités tout en en gagnant une nouvelle et les défauts.

Dunkerque est beau à regarder. Presque tous les plans ou presque sont magnifiques. Tourné en IMAX, le film fait tourner la tête, les espaces sont magnifiés. L’air, la terre et surtout la mer sont immenses et crèvent l’écran.

C’est la force majeure de Nolan : savoir capter de manière moderne et grandiloquente chaque scène de son métrage.

Dans Dunkerque, on arrive au milieu d’une opération (l’opération Dynamo, 1940, mais on s’en fout) d’évacuation, sur ordre de Churchill, de soldats anglais depuis la plage française. Les protagonistes sont nombreux et campés par quelques sommités (Cillian Murphy, Tom Hardy, Kenneth Branagh…) et de jeunes recrues mais sont presque tous anonymes. Et silencieux. Dunkerque est un film qui se regarde plus qu’il s’écoute. D’autant que les musiques de Hans Zimmer ne sont pas franchement marquantes.

Si on ne voit que les Anglais, on ne voit pas beaucoup d’émotions (coïncidence ? Je vous laisse juges). Sans le talent de Matthew McConaughey dans Interstellar, il ne passe pas grand chose entre les comédiens et le spectateur. En dépit de la pression de la guerre, on ne vibre pas pour les « héros ».

Et c’est là le principal souci de Dunkerque. Comme presque tous les autres Nolan, c’est un film doté d’un bel emballage mais un peu vide en dedans.
Malgré une mise en scène inutilement alambiquée, l’histoire est simplissime. Simplette même peut-être. Et elle est incarnée par des pantins sans saveur (si Inception résonne à vos oreilles depuis tout à l’heure, c’est normal).

En somme, Dunkerque est prétentieux et superficiel. Comme tous les Nolan. Joli mais vide. Inachevé. Incomplet. Dommage. Ratage.

Ninja Turtles 2 (2016)

tortues ninja 2 out of shadows

Les Tortues Ninja sortent de l’ombre pour plus plus plus de lumières

Plus plus plus. Voilà comment on peut résumer ce sixième long métrage sur les tortues mutantes.
Plus de personnages, plus de couleurs, plus d’action, plus de fan service, mais aussi plus de vannes foireuses, de scènes idiotes et de ratages en tous genres qui n’empêchent pas le résultat d’être plus fun.

Quel plaisir de voir réunis tous les bonhommes qui ont fait les heures joyeuses ou malheureuses (si vous avez joué au jeu éponyme sur NES) de notre enfance. Ils sont TOUS là. Casey Jones, Krang, Bebop et Rocksteady, Baxter Stockman sans oublier que les essentiels que sont les tortues, Splinter, April O’Neill…

Il y en a tellement, ça fait presque trop. Il est impossible de développer un quelconque arc narratif un peu en profondeur. On ne fait que survoler et enchaîner les scénettes. On ne s’y retrouve plus. Tout va trop vite.
Et puis… Le vrai gros problème, c’est qu’à l’origine, avant de devenir un dessin animé pour enfants, les tortues Ninja étaient les héros torturés d’une bande dessinée sombre, créée par Eastman et Laird. Baxter était un salopard manipulateur qui zigouille Splinter (Oups, spoil) au lieu d’être un nerd frustré et stupide. Et sans remonter si loin, Casey était un psychopathe attachant dans le premier film, un mec pas net, pas le débonnaire et incohérent flic colérique qui pourtant n’arrête pas de sourire et demeure super obéissant que cet épisode nous inflige.
Krang de Tortues Ninja 2 Out of shadows
En dépit de ces nombreuses tares, tout n’est pas à jeter. Les quatre tortues, quand bien même caricaturées dans cette franchise (il suffit de voir les « détails » qui les différencient), restent les tortues de notre enfance qui pètent la classe et défoncent tout sur leur passage. Ce film ne manque pas à la règle. Et il nous offre qui plus est un Krang et un Technodrome des plus terrifiants. D’ailleurs, ce vilain super flippant malgré un second degré de chaque instant pose la question : à qui s’adresse le film ? Aux gosses qui seront terrorisés par la bestiole ? Aux adultes qui vont râler après toutes les faiblesses du film et l’humour ras des paquerettes du rhino et du phacochère ? On n’est pas sûr…

Mais ne boudons pas notre plaisir. Rares sont les films aussi colorés et déjantés à sortir aujourd’hui. L’action effrénée ne fera pas disparaître tous les gros défauts de l’intrigue, des personnages ou du scénario, vraiment trop léger, mais il fait le job. On ne s’ennuie pas, on rit parfois, et on jubile de toutes ces couleurs chaudes, criardes, qui pètent à l’écran dans ces plans alambiqués et bien vus qui filent à une vitesse folle.

Vivement un troisième opus, plus mature si possible.

Deus ex : human revolution

Deus ex human revolution Adam Jensen

FPS basique et digicodes à noeud

Deus Ex : Human Revolution est un jeu supposé réconcilier les aficionados du premier opus, un jeu dans lequel la liberté de décision et d’évolution dans l’histoire n’était limitée que par l’imagination et la personnalité du joueur, le grand public amateur de sensations faciles et les technophiles de notre ère.

DX:HR, de son petit nom, a cristallisé, comme à chaque fois qu’une équipe replonge les mains dans le cambouis nostalgique, les espérances.

Le résultat, à l’orée de cette deuxième décennie du XXIe siècle, ne correspond pas, il faut le dire tout net, à ces rêves faits tout éveillés.

Au XXIe siècle, les jeux à la première personne, les jeux d’action, les jeux d’infiltration, les jeux bac à sable et les jeux à scénario sont légion. Pour chaque catégorie, des cadors existent, des créations à la qualité palpable, inspirant les joueurs.

DX:HR entend, plutôt que reprendre et adapter sa formule à succès qu’un deuxième opus a saccagé sans ménagement, puiser son essence dans cette mixture composée de tous ces genres pour en faire un patchwork aux motifs désormais tellement communs.

Adam Jensen est un personnage évolutif, puisque DX était un RPG. Mais point de personnalisation du gameplay ici. Le choix se résume à deux opportunités et demie : devenir un guerrier résistant et violent, ou un serpent silencieux, l’astuce se glissant dans les capacités à « convaincre » vos interlocuteurs grâce à des talents spéciaux. En définitive, l’astuce n’est qu’une illusion puisque ces talents, une fois débloqués (en une seule fois et possiblement très tôt dans le jeu) ne peuvent s’exercer que dans les conditions que dictera l’aventure, à des moments précis, et seulement à ces moments là.

L’expérience que rapportent les actes orientés infiltration étant tellement supérieure à ceux consistant à zigouiller tout le monde, il va de soi que la seule progression qui vaille la peine soit la première. Pour ce qui est des choix, on repassera. Quant à l’évolution du personnage, c’est la même chose : la grille de talents à débloquer est peu inspirée, voire pas utile. Les armes ? Leur utilisation est viciée par le système d’expérience et leur usage toujours accompagné de regrets, alors qu’elles peuvent agréables, customisables, qu’elles sont nombreuses et rendent la progression bien moins répétitive.

Mais qu’est-ce qui sauve DX:HR du naufrage alors, demandez-vous ? Pas ses graphismes pour commencer, datés, ni sa technique en général. Ni son scénario, faussement alambiqué et pas franchement intéressant. Encore moins son doublage…

Trois éléments néanmoins sauvent le jeu d’un complet naufrage.

Le premier, c’est sa précision. Si rien de grandiose n’est à relever dans le jeu, ses mécaniques fonctionnent tout de même plutôt bien. La liberté n’est qu’illusoire, mais les niveaux, s’ils sont un peu répétitifs, sont bien construits. Ça fonctionne sans tare rédhibitoire. Adam Jensen est une coquille vide que l’on peut animer selon le bon vouloir du joueur. Il peut être serviable ou odieux. Cette personnalisation a beau demeurer inutile, elle contribue à rentrer dans le trip.

Le deuxième point, c’est l’univers, et les missions secondaires. Un monde futuriste où les nanotechnologies et les implants artificiels commencent à poindre. Un monde de villes immenses, et d’hommes et de femmes tordus juste comme il faut. Des flics violents. Des hommes d’affaires verreux, des prostituées, la nuit, les pauvres, les riches, la crasse et le luxe. Un ensemble qui fonctionne bien.

Enfin, le troisième bon point, c’est le message. Ces nanotechnologies sont l’enjeu d’une société qui se cherche, et les échos, bien que relativement simplets, voire manichéens, que renvoie cette réflexion, les heurts des points de vue, les luttes d’opinion, les manipulations d’entreprises conservent un petit goût relevé et piquant. Ils fonctionnent comme un reflet déformé des symptômes de la maladie de notre époque, les incompréhensions qui séparent les communautés, la haine ignorante, etc.

DX:HR pourrait être un jeu honnête. Un peu bêta, forgé en direction d’un grand public qui souhaite s’ouvrir mais pas trop, croire qu’il réfléchit et qu’il est intelligent sans forcer. Le jeu pourrait être un divertissement fast food, oubliable. Mais ce serait sans compter sur le game design en général, qui impose des soldats idiots avec des rondes millimétrées, des conduits d’aération idéalement placés dans des endroits que le bon sens et n’importe quel architecte digne de ce nom n’auraient jamais envisagés, des mots de passe envoyés par mails dans des sociétés hyper sécurisées. Des détails. Des détails qui, mis bout à bout, parce qu’ils sont nombreux, achèvent de briser la laborieuse et fragile construction.

Une fois au bout, on est soulagé plus que satisfait. Content d’être sorti de ce monde aseptisé, un peu cheap. Trente heures pas dégueulasses, parfois même plaisantes, mais jamais vraiment à la hauteur.

La conjuration des imbéciles

Le miroir aux alouettes des imbéciles qui se sont crus intelligents et qui, par leur bêtise, ont donné corps à une légende avec du sens.

la conjuration des imbeciles coverLa conjuration des imbécile porte outrageusement bien son nom.
Tant le fond que la forme se rapportent à cette ambition d’abattre la race humaine qui, de toutes façons, ne mérite aucun traitement de faveur. Elle l’a bien cherché.
La galerie de tous les personnages en témoigne dans la conjuration, qui n’est qu’une immense suite de portraits des hommes et des femmes de l’époque, dont les ambitions et désirs contradictoires, voire opposés, se rejoignent malgré tout sur le chemin de la déchéance.
L’autodestruction de l’humanité, qui s’annonce au pas de charge, semble inéluctable.

Quels que soient les caractères, le niveau d’éducation, la culture, l’origine sociale ou géographique, les aspirations personnelles, les métiers, l’Homme file vers le mur tout heureux. Si les cons n’ont que ce qu’ils méritent, les intelligents ne sont en définitive rien que des oisifs et persifleurs sans vision. La société s’est tournée vers le pire, et entend bien persévérer.

C’est une histoire qui possède des relents puissants de purin. La conjuration ne vieillit pas. Les cons sont partout et leur subséquente autosatisfaction entretient et promeut le climat délétère d’une société qui finit par se détester après que tous ses membres se soient bien haïs les uns les autres. Le purin se déploie. Chacun ne voit pas plus loin que le bout de son nez. Les apparences et l’égoïsme ont définitivement remplacé la noblesse du monde…

Mais là où La conjuration des imbéciles fait fort, c’est qu’elle donne raison au bouquin, et par là même, justifie son existence et sa gloire, par la stupidité ambiante qui l’a porté aux nues.

Concéder que le livre est longuet, pénible, parfois même très ennuyeux n’enlève rien à sa légende : parce que l’auteur s’est suicidé, le livre s’est vendu, les moutons de panurge se sont massés pour le glorifier sans en voir les faiblesses. Sa narration trop lente, ses personnages antipathiques et inintéressants, ses intrigues secondaires peu utiles, tout cela, volatilisé. Trop de monde aime les tragédies. Le comique de la situation leur passant sous le nez. Et puis, avouons-le, cette comédie tragique a tourné au tragicomique en devenant une belle histoire… C’est précisément l’objet du livre d’ailleurs.

Unfriended (2015)

unfriended screaming frightening face

Like / pouce vert

Pour ne pas passer une énième soirée devant mon écran d’ordinateur (pour faire plaisir à ma mère/ femme/ maîtresse, rayez les mentions inutiles), j’ai voulu me mettre un film… Et je me suis retrouvé devant un écran. D’ordinateur. Si si. Mais attention, c’est le film qui présente comme seule et unique prise de vue l’écran de l’héroïne, la bien nommée Blaire. C’est pas moi, j’y suis pour rien.
Et si je n’avais pas passé un aussi bon moment, je me serais posé de sérieuses questions. Et ma mère/ femme/ maîtresse aurait fait la gueule.

Mais non, pas besoin, la sauce a pris. Sur cette idée super originale, une histoire complète et prenante se déroule, de la date anniversaire du suicide d’une camarade de classe jusqu’au dénouement, sans qu’on quitte jamais le MacBook de Blaire, cette lycéenne si jolie, sympa, propre sur elle…

Les réseaux sociaux, c’est hyper dangereux en fait

Dans l’ensemble, les personnages sont un peu transparents mais ils sont beaux, ils jouent relativement bien, ça colle. L’ambiance se développe et on est happé par cet environnement si familier (NB : si vous n’avez jamais touché un ordi de votre vie et que vous ne connaissez rien à Facebook, Skype, iMessages, Youtube, vous risquez d’éprouver quelques difficultés pour suivre, d’autant qu’une bonne partie du film n’est composée que d’échanges de textes, mais bon, si vous n’avez jamais touché un ordi, il y a peu de chances que vous puissiez lire cette critique).
En tous cas, le quotidien d’un jeune, campé sur son lit, son ordi sur les genoux, est retranscrit avec précision (même si, pour d’évidentes raisons de compréhension visuelle, les raccourcis clavier ne sont pas utilisés).

Instantané de la flippe

Tout s’enchaîne très vite (le long métrage dure moins d’une heure et demi) dans un crescendo efficace. Unfriended garantit quelques scènes gores, des surprises et démontre malgré tout une certaine maestria dans l’art de flanquer les jetons. Parce que pour se mettre à flipper rien qu’en lisant des textos ou en subissant des bugs et des ratés informatiques (nombreux hein, même si on est sur Mac – oui je trolle), il faut une dose de talent non négligeable.
Ça va vite, c’est la pagaille, c’est une joyeuse (du moins au début) bande de jeunes. Bon, vous avez vu l’affiche du film de toutes façons. Ça vous donne une idée de la colère dans laquelle peut vous mettre un ordi qui déconne… Et l’ordi de Blaire, il déconne à plein tube. Et ce n’est pas le seul ! Ce bordel ambiant, qui demande du spectateur une attention de chaque instant (il se passe toujours quelque chose dans un coin de l’écran, une notification importante, un texto qui arrive, il faut s’accrocher parce que vous subissez, ce n’est pas vous qui contrôlez le trackpad). Blaire, qui plus, est, maîtrise son outil et elle va vite. Pour taper, pour passer d’une app à une autre. Tout est en direct. Unfriended se déroule en temps réel.

Cyber quoi ?

Il faut également relever que le film traite du cyber bullying (qui n’a jamais été souffre douleur ?). Un thème abordé intelligemment par le réalisateur.
Enfin, on a la preuve, mais on s’en doutait (normal, ça appartient à Microsoft), que définitivement, Skype, c’est bien de la merde vu comment ça fonctionne dans le film…

unfriended horror movie scary scene

Fahrenheit 451

extrait couverture fahrenheit 451

Fahrenheit 451 se présente comme un banal roman de science fiction, une anticipation de la dérive des « démocraties » occidentales technologiques, vue par le prisme d’un pompier pyromane, bruleur de livres.

Et d’ailleurs, c’est ce qu’il est. Ou du moins, c’est ce qu’il est du début jusqu’à la page 82 et de la page 89 jusqu’à la fin.

Entre ces intermèdes narratifs intéressants mais ordinaires, ou du moins pas fantastiques, se dissimule un discours extraordinaire et surpuissant sur le pourquoi de l’interdiction des livres, constitué comme une formidable charge contre la société moderne, les journalistes, le politique, le merchandising, la publicité, et tout ce qui corrompt l’esprit humain et l’avilit chaque jour un peu plus dans notre société contemporaine.

C’est simple, mais c’est grand. Ça tape dur mais justement et précisément. Ça scotche. Ça arrache même.
Alors, à côté, l’histoire de ce pompier un peu lent mais finalement pas si con, on accepte de la suivre, parce qu’après cet indéfinissable moment, on est d’accord pour aller au bout. On prend le tout, et on ne gardera que le cœur, le meilleur.

La chasse (2012)

mads mikkelsen la chasse 2012

Avant je faisais des blagues dans les titres…

Et puis il y a eu La chasse.

 

Comme son nom ne l’indique pas, la chasse n’est pas un film d’action. Mais comme il le suppose, c’est un film violent. De cette violence différente, au départ indicible, mais qui s’insinue progressivement, attaque subrepticement, jusqu’au point où, alors que vous commencez à réaliser, il est trop tard. Trop tard pour faire machine arrière. Trop tard pour accepter. Trop tard pour réparer.

La chasse, c’est l’histoire de cet homme, incarné par Mads Mikkelsen (le méchant de Casino Royale, le viking muet du Guerrier silencieux), blessé mais vivant et humain. Il travaille dans un jardin d’enfants, une sorte de centre aéré. Il vit pour ces enfants, et pour le sien, qu’il essaye de voir malgré les difficultés que fait son ex épouse.

C’est un village, où tout le monde se connaît. Les hommes chassent et boivent. Ils sont amis. Jusqu’à ce que tout se dégrade.
On revit un drame national à petites lampées. On subit la déchéance d’un homme, outrageusement authentique, poignant, digne et profond. On est chahuté par les quolibets, la voix, le ronflement qui monte, qui monte, qui submerge tout et tout le monde, jusqu’à la moindre parcelle de raison, ne laissant la place qu’à la foule, cette masse informe qui écrase et qui salit, qui ne comprend rien et qui saccage tant qu’elle peut. Cette foule qui ennuie, qui tressaille inconsciemment, s’acharne et, toujours, se refuse à se remettre en question. La chasse constitue une extraordinaire analyse sociologique de la foule, cette foule que les sociologues et psychologues ont maintes fois tenté d’expliquer.

Tous les ingrédients du dérapage sont réunis dans cette expérience sobre, propre, filmée au millimètre, gavée de photo magnifique. L’enfance, l’innocence, les croyances, les préjugés.

Thomas Vinterberg surfe magistralement sur cette vengeance qui ne s’arrêtera jamais, sur la haine, sur l’oubli, sur la bêtise et, enfin, sur cette foule, compacte et puissante que rien n’arrête, pas même les erreurs qu’elle commet, parce que les croyances sont plus fortes que les faits, parce que la foule préfère croire au drame qui justifie ses errements, parce qu’elle cherche une réponse et se satisfait de la pire car elle l’immunise et la protège contre le doute, contre l’inconnu, contre elle-même…

Un grand film.

Limbo (2010)

limbo logo affiche noir et blanc

Incroyable tout le battage médiatique dont ce mini jeu a bénéficié.
Sous couvert d’une ambiance particulière, ce jeu « indé » a fait les choux gras de toute la presse spécialisée à sa sortie. Limbo surfait de manière arrogante sur l’admiration qui animait les journalistes dès qu’une petite production voyait le jour hors des sentiers des gros éditeurs.

Sauf que Limbo n’a rien d’un Braid.
L’univers et le personnage sont certes mignons tout plein, le premier dans ses tons de noir et de gris hyper sobres et design, et le héros avec ses grands yeux et sa tête d’enfant, il n’en demeure pas moins que Limbo n’est rien d’autre qu’un bête jeu de plateforme en noir et blanc avec des énigmes à chaque tableau.

Le premier problème, c’est la maniabilité, pénible au possible, aggravée qui plus est par le phénomène poupée de chiffon (ragdoll) hyper légère qui achève de rendre la progression vraiment lourdingue.

Et puis, on s’ennuie ferme dans cette succession de tableaux dont les mécanismes sont plus frustrants qu’intelligents. Pas du tout jouissifs, tout juste rattrapés par le sentiment de satisfaction éprouvé à chaque niveau passé, après avoir pesté contre ce bonhomme trop léger, et légèrement handicapé physique…

Pour couronner le tout, Limbo s’affranchit aussi d’une histoire. N’attendez donc pas de révélation ou de mise en scène. 24 chapitres et c’est marre, si on omet l’astuce honteuse des œufs à trouver tout au long des niveaux pour rajouter à la durée de vie très courte (mais suffisante) du soft.

Over hypé à mort.