Ninja Turtles 2 (2016)

tortues ninja 2 out of shadows

Les Tortues Ninja sortent de l’ombre pour plus plus plus de lumières

Plus plus plus. Voilà comment on peut résumer ce sixième long métrage sur les tortues mutantes.
Plus de personnages, plus de couleurs, plus d’action, plus de fan service, mais aussi plus de vannes foireuses, de scènes idiotes et de ratages en tous genres qui n’empêchent pas le résultat d’être plus fun.

Quel plaisir de voir réunis tous les bonhommes qui ont fait les heures joyeuses ou malheureuses (si vous avez joué au jeu éponyme sur NES) de notre enfance. Ils sont TOUS là. Casey Jones, Krang, Bebop et Rocksteady, Baxter Stockman sans oublier que les essentiels que sont les tortues, Splinter, April O’Neill…

Il y en a tellement, ça fait presque trop. Il est impossible de développer un quelconque arc narratif un peu en profondeur. On ne fait que survoler et enchaîner les scénettes. On ne s’y retrouve plus. Tout va trop vite.
Et puis… Le vrai gros problème, c’est qu’à l’origine, avant de devenir un dessin animé pour enfants, les tortues Ninja étaient les héros torturés d’une bande dessinée sombre, créée par Eastman et Laird. Baxter était un salopard manipulateur qui zigouille Splinter (Oups, spoil) au lieu d’être un nerd frustré et stupide. Et sans remonter si loin, Casey était un psychopathe attachant dans le premier film, un mec pas net, pas le débonnaire et incohérent flic colérique qui pourtant n’arrête pas de sourire et demeure super obéissant que cet épisode nous inflige.
Krang de Tortues Ninja 2 Out of shadows
En dépit de ces nombreuses tares, tout n’est pas à jeter. Les quatre tortues, quand bien même caricaturées dans cette franchise (il suffit de voir les « détails » qui les différencient), restent les tortues de notre enfance qui pètent la classe et défoncent tout sur leur passage. Ce film ne manque pas à la règle. Et il nous offre qui plus est un Krang et un Technodrome des plus terrifiants. D’ailleurs, ce vilain super flippant malgré un second degré de chaque instant pose la question : à qui s’adresse le film ? Aux gosses qui seront terrorisés par la bestiole ? Aux adultes qui vont râler après toutes les faiblesses du film et l’humour ras des paquerettes du rhino et du phacochère ? On n’est pas sûr…

Mais ne boudons pas notre plaisir. Rares sont les films aussi colorés et déjantés à sortir aujourd’hui. L’action effrénée ne fera pas disparaître tous les gros défauts de l’intrigue, des personnages ou du scénario, vraiment trop léger, mais il fait le job. On ne s’ennuie pas, on rit parfois, et on jubile de toutes ces couleurs chaudes, criardes, qui pètent à l’écran dans ces plans alambiqués et bien vus qui filent à une vitesse folle.

Vivement un troisième opus, plus mature si possible.

Deus ex : human revolution

Deus ex human revolution Adam Jensen

FPS basique et digicodes à noeud

Deus Ex : Human Revolution est un jeu supposé réconcilier les aficionados du premier opus, un jeu dans lequel la liberté de décision et d’évolution dans l’histoire n’était limitée que par l’imagination et la personnalité du joueur, le grand public amateur de sensations faciles et les technophiles de notre ère.

DX:HR, de son petit nom, a cristallisé, comme à chaque fois qu’une équipe replonge les mains dans le cambouis nostalgique, les espérances.

Le résultat, à l’orée de cette deuxième décennie du XXIe siècle, ne correspond pas, il faut le dire tout net, à ces rêves faits tout éveillés.

Au XXIe siècle, les jeux à la première personne, les jeux d’action, les jeux d’infiltration, les jeux bac à sable et les jeux à scénario sont légion. Pour chaque catégorie, des cadors existent, des créations à la qualité palpable, inspirant les joueurs.

DX:HR entend, plutôt que reprendre et adapter sa formule à succès qu’un deuxième opus a saccagé sans ménagement, puiser son essence dans cette mixture composée de tous ces genres pour en faire un patchwork aux motifs désormais tellement communs.

Adam Jensen est un personnage évolutif, puisque DX était un RPG. Mais point de personnalisation du gameplay ici. Le choix se résume à deux opportunités et demie : devenir un guerrier résistant et violent, ou un serpent silencieux, l’astuce se glissant dans les capacités à « convaincre » vos interlocuteurs grâce à des talents spéciaux. En définitive, l’astuce n’est qu’une illusion puisque ces talents, une fois débloqués (en une seule fois et possiblement très tôt dans le jeu) ne peuvent s’exercer que dans les conditions que dictera l’aventure, à des moments précis, et seulement à ces moments là.

L’expérience que rapportent les actes orientés infiltration étant tellement supérieure à ceux consistant à zigouiller tout le monde, il va de soi que la seule progression qui vaille la peine soit la première. Pour ce qui est des choix, on repassera. Quant à l’évolution du personnage, c’est la même chose : la grille de talents à débloquer est peu inspirée, voire pas utile. Les armes ? Leur utilisation est viciée par le système d’expérience et leur usage toujours accompagné de regrets, alors qu’elles peuvent agréables, customisables, qu’elles sont nombreuses et rendent la progression bien moins répétitive.

Mais qu’est-ce qui sauve DX:HR du naufrage alors, demandez-vous ? Pas ses graphismes pour commencer, datés, ni sa technique en général. Ni son scénario, faussement alambiqué et pas franchement intéressant. Encore moins son doublage…

Trois éléments néanmoins sauvent le jeu d’un complet naufrage.

Le premier, c’est sa précision. Si rien de grandiose n’est à relever dans le jeu, ses mécaniques fonctionnent tout de même plutôt bien. La liberté n’est qu’illusoire, mais les niveaux, s’ils sont un peu répétitifs, sont bien construits. Ça fonctionne sans tare rédhibitoire. Adam Jensen est une coquille vide que l’on peut animer selon le bon vouloir du joueur. Il peut être serviable ou odieux. Cette personnalisation a beau demeurer inutile, elle contribue à rentrer dans le trip.

Le deuxième point, c’est l’univers, et les missions secondaires. Un monde futuriste où les nanotechnologies et les implants artificiels commencent à poindre. Un monde de villes immenses, et d’hommes et de femmes tordus juste comme il faut. Des flics violents. Des hommes d’affaires verreux, des prostituées, la nuit, les pauvres, les riches, la crasse et le luxe. Un ensemble qui fonctionne bien.

Enfin, le troisième bon point, c’est le message. Ces nanotechnologies sont l’enjeu d’une société qui se cherche, et les échos, bien que relativement simplets, voire manichéens, que renvoie cette réflexion, les heurts des points de vue, les luttes d’opinion, les manipulations d’entreprises conservent un petit goût relevé et piquant. Ils fonctionnent comme un reflet déformé des symptômes de la maladie de notre époque, les incompréhensions qui séparent les communautés, la haine ignorante, etc.

DX:HR pourrait être un jeu honnête. Un peu bêta, forgé en direction d’un grand public qui souhaite s’ouvrir mais pas trop, croire qu’il réfléchit et qu’il est intelligent sans forcer. Le jeu pourrait être un divertissement fast food, oubliable. Mais ce serait sans compter sur le game design en général, qui impose des soldats idiots avec des rondes millimétrées, des conduits d’aération idéalement placés dans des endroits que le bon sens et n’importe quel architecte digne de ce nom n’auraient jamais envisagés, des mots de passe envoyés par mails dans des sociétés hyper sécurisées. Des détails. Des détails qui, mis bout à bout, parce qu’ils sont nombreux, achèvent de briser la laborieuse et fragile construction.

Une fois au bout, on est soulagé plus que satisfait. Content d’être sorti de ce monde aseptisé, un peu cheap. Trente heures pas dégueulasses, parfois même plaisantes, mais jamais vraiment à la hauteur.

La conjuration des imbéciles

Le miroir aux alouettes des imbéciles qui se sont crus intelligents et qui, par leur bêtise, ont donné corps à une légende avec du sens.

la conjuration des imbeciles coverLa conjuration des imbécile porte outrageusement bien son nom.
Tant le fond que la forme se rapportent à cette ambition d’abattre la race humaine qui, de toutes façons, ne mérite aucun traitement de faveur. Elle l’a bien cherché.
La galerie de tous les personnages en témoigne dans la conjuration, qui n’est qu’une immense suite de portraits des hommes et des femmes de l’époque, dont les ambitions et désirs contradictoires, voire opposés, se rejoignent malgré tout sur le chemin de la déchéance.
L’autodestruction de l’humanité, qui s’annonce au pas de charge, semble inéluctable.

Quels que soient les caractères, le niveau d’éducation, la culture, l’origine sociale ou géographique, les aspirations personnelles, les métiers, l’Homme file vers le mur tout heureux. Si les cons n’ont que ce qu’ils méritent, les intelligents ne sont en définitive rien que des oisifs et persifleurs sans vision. La société s’est tournée vers le pire, et entend bien persévérer.

C’est une histoire qui possède des relents puissants de purin. La conjuration ne vieillit pas. Les cons sont partout et leur subséquente autosatisfaction entretient et promeut le climat délétère d’une société qui finit par se détester après que tous ses membres se soient bien haïs les uns les autres. Le purin se déploie. Chacun ne voit pas plus loin que le bout de son nez. Les apparences et l’égoïsme ont définitivement remplacé la noblesse du monde…

Mais là où La conjuration des imbéciles fait fort, c’est qu’elle donne raison au bouquin, et par là même, justifie son existence et sa gloire, par la stupidité ambiante qui l’a porté aux nues.

Concéder que le livre est longuet, pénible, parfois même très ennuyeux n’enlève rien à sa légende : parce que l’auteur s’est suicidé, le livre s’est vendu, les moutons de panurge se sont massés pour le glorifier sans en voir les faiblesses. Sa narration trop lente, ses personnages antipathiques et inintéressants, ses intrigues secondaires peu utiles, tout cela, volatilisé. Trop de monde aime les tragédies. Le comique de la situation leur passant sous le nez. Et puis, avouons-le, cette comédie tragique a tourné au tragicomique en devenant une belle histoire… C’est précisément l’objet du livre d’ailleurs.

Unfriended (2015)

unfriended screaming frightening face

Like / pouce vert

Pour ne pas passer une énième soirée devant mon écran d’ordinateur (pour faire plaisir à ma mère/ femme/ maîtresse, rayez les mentions inutiles), j’ai voulu me mettre un film… Et je me suis retrouvé devant un écran. D’ordinateur. Si si. Mais attention, c’est le film qui présente comme seule et unique prise de vue l’écran de l’héroïne, la bien nommée Blaire. C’est pas moi, j’y suis pour rien.
Et si je n’avais pas passé un aussi bon moment, je me serais posé de sérieuses questions. Et ma mère/ femme/ maîtresse aurait fait la gueule.

Mais non, pas besoin, la sauce a pris. Sur cette idée super originale, une histoire complète et prenante se déroule, de la date anniversaire du suicide d’une camarade de classe jusqu’au dénouement, sans qu’on quitte jamais le MacBook de Blaire, cette lycéenne si jolie, sympa, propre sur elle…

Les réseaux sociaux, c’est hyper dangereux en fait

Dans l’ensemble, les personnages sont un peu transparents mais ils sont beaux, ils jouent relativement bien, ça colle. L’ambiance se développe et on est happé par cet environnement si familier (NB : si vous n’avez jamais touché un ordi de votre vie et que vous ne connaissez rien à Facebook, Skype, iMessages, Youtube, vous risquez d’éprouver quelques difficultés pour suivre, d’autant qu’une bonne partie du film n’est composée que d’échanges de textes, mais bon, si vous n’avez jamais touché un ordi, il y a peu de chances que vous puissiez lire cette critique).
En tous cas, le quotidien d’un jeune, campé sur son lit, son ordi sur les genoux, est retranscrit avec précision (même si, pour d’évidentes raisons de compréhension visuelle, les raccourcis clavier ne sont pas utilisés).

Instantané de la flippe

Tout s’enchaîne très vite (le long métrage dure moins d’une heure et demi) dans un crescendo efficace. Unfriended garantit quelques scènes gores, des surprises et démontre malgré tout une certaine maestria dans l’art de flanquer les jetons. Parce que pour se mettre à flipper rien qu’en lisant des textos ou en subissant des bugs et des ratés informatiques (nombreux hein, même si on est sur Mac – oui je trolle), il faut une dose de talent non négligeable.
Ça va vite, c’est la pagaille, c’est une joyeuse (du moins au début) bande de jeunes. Bon, vous avez vu l’affiche du film de toutes façons. Ça vous donne une idée de la colère dans laquelle peut vous mettre un ordi qui déconne… Et l’ordi de Blaire, il déconne à plein tube. Et ce n’est pas le seul ! Ce bordel ambiant, qui demande du spectateur une attention de chaque instant (il se passe toujours quelque chose dans un coin de l’écran, une notification importante, un texto qui arrive, il faut s’accrocher parce que vous subissez, ce n’est pas vous qui contrôlez le trackpad). Blaire, qui plus, est, maîtrise son outil et elle va vite. Pour taper, pour passer d’une app à une autre. Tout est en direct. Unfriended se déroule en temps réel.

Cyber quoi ?

Il faut également relever que le film traite du cyber bullying (qui n’a jamais été souffre douleur ?). Un thème abordé intelligemment par le réalisateur.
Enfin, on a la preuve, mais on s’en doutait (normal, ça appartient à Microsoft), que définitivement, Skype, c’est bien de la merde vu comment ça fonctionne dans le film…

unfriended horror movie scary scene

Fahrenheit 451

extrait couverture fahrenheit 451

Fahrenheit 451 se présente comme un banal roman de science fiction, une anticipation de la dérive des « démocraties » occidentales technologiques, vue par le prisme d’un pompier pyromane, bruleur de livres.

Et d’ailleurs, c’est ce qu’il est. Ou du moins, c’est ce qu’il est du début jusqu’à la page 82 et de la page 89 jusqu’à la fin.

Entre ces intermèdes narratifs intéressants mais ordinaires, ou du moins pas fantastiques, se dissimule un discours extraordinaire et surpuissant sur le pourquoi de l’interdiction des livres, constitué comme une formidable charge contre la société moderne, les journalistes, le politique, le merchandising, la publicité, et tout ce qui corrompt l’esprit humain et l’avilit chaque jour un peu plus dans notre société contemporaine.

C’est simple, mais c’est grand. Ça tape dur mais justement et précisément. Ça scotche. Ça arrache même.
Alors, à côté, l’histoire de ce pompier un peu lent mais finalement pas si con, on accepte de la suivre, parce qu’après cet indéfinissable moment, on est d’accord pour aller au bout. On prend le tout, et on ne gardera que le cœur, le meilleur.

La chasse (2012)

mads mikkelsen la chasse 2012

Avant je faisais des blagues dans les titres…

Et puis il y a eu La chasse.

 

Comme son nom ne l’indique pas, la chasse n’est pas un film d’action. Mais comme il le suppose, c’est un film violent. De cette violence différente, au départ indicible, mais qui s’insinue progressivement, attaque subrepticement, jusqu’au point où, alors que vous commencez à réaliser, il est trop tard. Trop tard pour faire machine arrière. Trop tard pour accepter. Trop tard pour réparer.

La chasse, c’est l’histoire de cet homme, incarné par Mads Mikkelsen (le méchant de Casino Royale, le viking muet du Guerrier silencieux), blessé mais vivant et humain. Il travaille dans un jardin d’enfants, une sorte de centre aéré. Il vit pour ces enfants, et pour le sien, qu’il essaye de voir malgré les difficultés que fait son ex épouse.

C’est un village, où tout le monde se connaît. Les hommes chassent et boivent. Ils sont amis. Jusqu’à ce que tout se dégrade.
On revit un drame national à petites lampées. On subit la déchéance d’un homme, outrageusement authentique, poignant, digne et profond. On est chahuté par les quolibets, la voix, le ronflement qui monte, qui monte, qui submerge tout et tout le monde, jusqu’à la moindre parcelle de raison, ne laissant la place qu’à la foule, cette masse informe qui écrase et qui salit, qui ne comprend rien et qui saccage tant qu’elle peut. Cette foule qui ennuie, qui tressaille inconsciemment, s’acharne et, toujours, se refuse à se remettre en question. La chasse constitue une extraordinaire analyse sociologique de la foule, cette foule que les sociologues et psychologues ont maintes fois tenté d’expliquer.

Tous les ingrédients du dérapage sont réunis dans cette expérience sobre, propre, filmée au millimètre, gavée de photo magnifique. L’enfance, l’innocence, les croyances, les préjugés.

Thomas Vinterberg surfe magistralement sur cette vengeance qui ne s’arrêtera jamais, sur la haine, sur l’oubli, sur la bêtise et, enfin, sur cette foule, compacte et puissante que rien n’arrête, pas même les erreurs qu’elle commet, parce que les croyances sont plus fortes que les faits, parce que la foule préfère croire au drame qui justifie ses errements, parce qu’elle cherche une réponse et se satisfait de la pire car elle l’immunise et la protège contre le doute, contre l’inconnu, contre elle-même…

Un grand film.

Limbo (2010)

limbo logo affiche noir et blanc

Incroyable tout le battage médiatique dont ce mini jeu a bénéficié.
Sous couvert d’une ambiance particulière, ce jeu « indé » a fait les choux gras de toute la presse spécialisée à sa sortie. Limbo surfait de manière arrogante sur l’admiration qui animait les journalistes dès qu’une petite production voyait le jour hors des sentiers des gros éditeurs.

Sauf que Limbo n’a rien d’un Braid.
L’univers et le personnage sont certes mignons tout plein, le premier dans ses tons de noir et de gris hyper sobres et design, et le héros avec ses grands yeux et sa tête d’enfant, il n’en demeure pas moins que Limbo n’est rien d’autre qu’un bête jeu de plateforme en noir et blanc avec des énigmes à chaque tableau.

Le premier problème, c’est la maniabilité, pénible au possible, aggravée qui plus est par le phénomène poupée de chiffon (ragdoll) hyper légère qui achève de rendre la progression vraiment lourdingue.

Et puis, on s’ennuie ferme dans cette succession de tableaux dont les mécanismes sont plus frustrants qu’intelligents. Pas du tout jouissifs, tout juste rattrapés par le sentiment de satisfaction éprouvé à chaque niveau passé, après avoir pesté contre ce bonhomme trop léger, et légèrement handicapé physique…

Pour couronner le tout, Limbo s’affranchit aussi d’une histoire. N’attendez donc pas de révélation ou de mise en scène. 24 chapitres et c’est marre, si on omet l’astuce honteuse des œufs à trouver tout au long des niveaux pour rajouter à la durée de vie très courte (mais suffisante) du soft.

Over hypé à mort.

Spartacus (2010)

Il faut tout revoir, tout refaire, tout réécrire. Tu n’es pas préparé à ça. C’est au dessus de ce à quoi on peut normalement s’attendre. Tous les beaux discours préparés, les idées déjà couchées sur papier, il faut les repenser. Plus fort. Plus loin.

Spartacus réinvente la légende que tout le monde connaît. La guerre des damnés, qui vient conclure un cycle démarré de manière un peu bancale mais déjà attachante, c’est LA légende, le monument qui redéfinit l’epicness et l’awesomeness à lui tout seul. Peu importe les tares que la série se traîne comme un boulet depuis ses débuts, le cheap grandiloquent de sa violence et de sa réalisation, l’inutilité de certains moments, les incohérences et les libertés que le scénario prend avec l’Histoire. Dans Spartacus, tout est grand, merveilleux, émouvant.
Avilissant l’esprit, mutilant l’intellect, il subjugue. Après les refoulements émotionnels, il enivre les sentiments, exacerbe les passions.

Spartacus est une régression psychanalytique. Un retour inavoué à l’ère de l’expression du fantasme. Et c’est ce fantasme qui peuple les rêves, les batailles et les nuits de Spartacus.

La montée en puissance des épisodes se perpétue depuis la saison un, alors il n’est pas nécessaire de s’arrêter à la faiblesse de l’avant dernier épisode de la série. Non, quand bien même il ne serait ni cohérent, ni intéressant, il sert majestueusement la mise en scène de cette fin de règne aux couleurs définitives. Quatre saisons en crescendo parfait.

Lucy-Lawless-Spartacus

C’est comme la première fois que Sangoku meurt (et qu’on ne sait pas encore qu’il va ressusciter), parce que oui, Spartacus est un des fils spirituels de toute cette génération de mangas épiques et héroïques, dont l’ambition n’était que de développer chez ses spectateurs des valeurs estimables comme l’honneur, la fraternité, l’honnêteté. Tu as sûrement grandi avec Sangoku, Shyriu. Si ce n’est pas le cas, tu as en quelque sorte raté une bonne partie de votre vie. Spartacus n’est rien d’autre ; cette pluie d’honneur, de bravoure, de fraternité et de trahison, où les pantins se hissent au statut d’icônes, d’idoles alors qu’autour d’eux s’écroule la vie. Mais basiques justement, tu ne respires plus que la vibration de l’action, celle qui ravage tout sur son passage.

Gannicus, Crixus, Agron, Lugo et tous les autres offrent un fucking plaidoyer en faveur de la liberté (non sérieux ?!), mais aussi et surtout de l’égalité. Ils n’arborent que cette fierté bien placée, réfléchissent, pensent, pardonnent, pansent et se repentent, comme des Hommes, ces êtres sexués de genre indéfini dont la définition emporte rêves et gloire par la hauteur qu’elle impose, admiration et humilité, tant de qualités dont la série est remplie ras la gueule jusqu’à t’étouffer de bonheur avec. Spartacus, comme Albator, te propose de devenir un être meilleur, et il fait même en sorte, posant sur la table des coronès grosses comme la télé n’en a pas vu depuis longtemps, de t’expliquer par un menu déroulant sans subtilités que l’homosexualité et le sexe, ce n’est pas un tabou.
Ce n’est pas juste pour te vendre des seins magnifiques (même s’il y en a vraiment beaucoup et que certains sont vraiment beaux) portés par de non moins sublimes créatures, ou des hommes musclés et viril(istes). Tous les points de vue obscurantistes finissent par être balayés par les valeurs simples que les humains oublient si facilement de porter haut et de défendre. Spartacus, vibrant hommage shônen à la dignité de l’homme, transcende les clivages des époques, sans discrimination, et pourtant subissant tellement fort la pression du groupe. Spartacus demeure le dernier héros magnifique, fier et droit, bon, pas raciste, ni homophobe, puisque dans son monde, il bannit ces tares au point de ne les plus voir même exister.

Spartacus a cultivé un sens inné du suspense, et du syndrome de la cocotte minute. Relâchant la pression par à-coups pour éviter que tout explose. Jusqu’à la fin.

Muddy Hill-Rebels battle RomansCette dernière saison, plus violente et sale et terrifiante que les autres, saccage tes défenses à coups de sabre ébréché, taillant à travers tes idéaux, tes personnages fétiches. Tout y passe, dans un macabre crescendo duquel il est impossible de se détacher. Les précédentes t’avaient excité, énervé, et à la fin, tu es dévasté.

Bien sur, et on s’en branle, Spartacus s’arrange avec la vérité, mais alors que la fin surgit, elle est, contre toute attente, complètement surprenante. Et la haine vouée à ces esclavagistes de Romains n’est rien et s’efface devant la tristesse absolue qui étreint quand les héros tombent au combat.

Le final est à l’image du reste de la série, ultime, formidable, magique.
Spartacus est un être comme il en faudrait bien plus pour assurer à l’humanité une survie digne et méritée. Il fait de sa série un hymne à cette image, simple et parfois désuète, facile, accessible mais terriblement difficile à maintenir.

Et on passe facile sur la 3D car les costumes et le maquillage arrachent tout. Les gueules désemparées mais enragées par la soif de vaincre et de rétablir une Justice qui n’existe pas en ce monde explosent à l’écran dans une classe absolue balayant sur son passage les meilleurs personnages de jeux vidéo (Dante & consorts) ayant pourtant fondé leur réputation sur leur caractère de poseur et de style dans l’assassinat. Les épées tranchent les gorges aussi facilement que tes dernières réticences.

Dan-Feuerriegel-is-Agron-Dustin-Clare-is-Gannicus-Liam-McIntyre-is-Spartacus-Manu-Bennett-is-CrixusAntithèse des séries classiques et réalistes, Spartacus soulève et transperce ton petit coeur de mauviette poisseuse vautrée au fond de son canapé. Elle t’arrache à ta torpeur et te cloue sur cette putain de croix. Cette croix effrayante. Tu fulmines et vibres et pleures comme une fillette (ou une tafiole, c’est pas sale), tu ris et jubiles et ne peux plus détacher ton regard de ces images et de ces musiques dont les choeurs chaque fois plus loin te font voyager. Même le générique de fin, mêmes les dernières images avant le noir ne parviennent à tuer ce qui vient de se passer.

La claque magistrale qu’inflige cette série, partie de rien mais qui a su conquérir, épisode après épisode, un public bien heureusement soumis, tressaillant à chaque instant, se sentant respecté comme rarement, c’est le miracle de la révolution des esclaves. Le souffle de la vie qui devrait nous animer. Basique, vraiment, mais pas simpliste ou stupide, Spartacus incarne un modèle. Le modèle de la qualité qu’il faut suivre et protéger.

The sex list (2014)

sex list to do list affiche

Amis amateurs de films drôles et moins légers qu’ils paraissent, nostalgiques de la période révolue des joies inextinguibles de l’American pie, hauts les cœurs ! la relève a sonné.

Cette relève, elle se nomme The to do list. Honteusement rebaptisé The sex list en français pour attirer le spectateur boutonneux en pleine floraison hormonale, le film s’adresse avant tout aux gens nés dans les années 80 ou un peu avant ayant grandi dans la glorieuse périodes des nineties.

Le générique et les premières minutes du film lancent d’ailleurs un appel des moins subtiles à cette tranche d’âge en faisant un panégyrique de l’époque de la VHS et des tenues flashy ridicules.

Un American pie féministe

Aubrey Plaza incarne Brandy Klark, une génie un peu chiante et complètement asexuée. Avant l’entrée à l’université, sa grande sœur la convainc de découvrir les joies de la sexualité, histoire de n’avoir aucune faille et tout savoir sur tout. Elle élabore alors une liste de toutes les choses qu’il faut avoir faites et entend bien valider chaque ligne.

to do list la completeCe pitch simplissime nous fait rencontrer une galerie de personnages excellents (casting parfait qui va de Donald Glover à Bill Hader en passant par Christopher Mintz-Plasse, Rachel Bilson (sublime) ou Connie Britton, acteurs révélés pour certains dans le cadre des productions Apatow et consorts (Community), qui sont des valeurs sûres.

donald glover dancing to do listLa différence avec « avant », c’est que le personnage central est une une nana  qui souhaite passer l’épreuve du feu. Ce petit changement permet toute une nouvelle série de gags franchement funs (si on est sensible à cet humour de merde, ce qui est mon cas, je vous emmerde) mais apporte aussi une vision beaucoup plus égalitaire de la chose sexuelle : les femmes ont envie, pratiquent, découvrent dans la joie et la bonne humeur. Elle ne sont pas considérées comme des objets ou des faire-valoir…

Ein big problem

… Enfin, jusqu’à la fin. Si la structure très classique du film (la comédie romantique de base) n’est pas particulièrement engageante, elle se dévoile néanmoins de manière amusante et jamais ennuyeuse. Le seul problème, c’est cette fin aussi prévisible que millimétrée. L’actrice sort de son rôle, s’impose en narratrice moralisatrice et donneuse de leçons de vie aussi inutiles que gênantes dans un long métrage qui a su rester, jusqu’à ce moment, jubilatoire grâce à son fond nature et décomplexé.

amberMais ne boudons pas notre plaisir plus longtemps. Bien qu’on puisse regretter un tel amoncellement de clins d’œil à notre fibre nostalgique (on pourrait réutiliser le film comme un document historique à destination de la nouvelle génération qui n’a pas connu ces années là), l’ensemble tient la route, nous fait rire, apporte un peu de fraîcheur à un genre qui en avait bien besoin et nous fait passer un moment au paradis des couleurs criardes et des stéréotypes cosmogoniques.

orgasm-brandy klark

« On/Off », un philosophe dans les coulisses du Grand Journal (2013)

On Off un philosophe dans les coulisses du Grand Journal 2013 Ollivier Pourriol

Ollivier (avec 2 l) Pourriol, ex chroniqueur à Canal… Comment ? Vous ne voyez pas ? Lui non plus, et à priori, c’est normal. « C’est le format ».
Donc Ollivier Pourriol raconte dans On Off un an de chronique au Grand journal, la grand messe de Denisot, Massenet, Apathie (le plus grand journaliste du monde), et de leur farandole d’invités.
Ollivier Pourriol explique, dans une succession mi anonyme, mi éventée de dialogues, comment s’est déroulée cette année pour lui, depuis son accession au sceptre de chroniqueur et du salaire de ministre qui va avec, jusqu’à son éviction.

C’est une visite dans l’enfer du décor des plateaux télé de divertissement, où le prémâché prépare au prédigéré, où l’intelligence et la réflexion se font défoncer à coups de cutter par l’instantané et le suranné que vous propose l’auteur, engagé parce que philosophe, viré parce que s’intéressant au fond des choses.

On Off enchaîne avec une grande subtilité et un style percutant les jeux de mots tout en restant poli, respectueux de la vie privée de ses interlocuteurs dont il dépeint avec simplicité la bouleversante stupidité, et le désespoir et le vide qui habitent la profession. On Off est insolent mais pas voyeur, une de ses nombreuses qualités.

Jaurès disait que le courage, c’est de chercher la vérité et de la dire. Et c’est ce que fait Pourriol tout au long du bouquin, comme une pénitence pour avoir trop fermé sa gueule, trop accepté, trop subi.

On Off est une analyse poignante et drôle, qui démarre en comédie et sombre, subrepticement, dans le tragique. Il démarre sur les chapeaux de roue et parvient à conserver un rythme constant jusqu’à la fin, comme sur une route que vous ne voudriez pas quitter.

Dans On Off, vous assistez à la description de l’horrible monde parisiano centré où la province n’héberge que des ploucs et des Parisiens en vacances pour un repos bien mérité, un monde pédant, hautain, dédaigneux, égoïste, imbu de sa personne et stupide.

Mais l’histoire raconte aussi des personnages. Vivants. Dressant de Sarkozy le portrait le plus humain et chaleureux qu’on puisse lire, rappelant à Hollande quelques unes de ses promesses de campagne oubliées, discréditant définitivement la blague Apathie qui, dans le texte, se révèle pire encore qu’à l’oral.

Malin, Pourriol casse les murs du livre, déconstruit la structure de sa narration, alterne les dialogues réels et romancés, les situations privées et publiques, titille la curiosité malsaine et rassasie l’intellect. Il fait du lecteur un confident, contre le système qu’il dénonce.

A la fin, il rejoint Laurent Solly. La vérité ne compte pas. Ici, seuls les signes sont bons pour gaver de ce foin divertissant les cerveaux assoupis d’un public qui souffre. Une foule plus qu’un public dirait d’ailleurs Robert Ezra Park.

Ollivier Pourriol auteur de On offOllivier Pourriol auteur de On off