Dunkerque – 2017

Dunkerque est à l’image des autres films de Christopher Nolan. Il en reprend les qualités tout en en gagnant une nouvelle et les défauts.

Dunkerque est beau à regarder. Presque tous les plans ou presque sont magnifiques. Tourné en IMAX, le film fait tourner la tête, les espaces sont magnifiés. L’air, la terre et surtout la mer sont immenses et crèvent l’écran.

C’est la force majeure de Nolan : savoir capter de manière moderne et grandiloquente chaque scène de son métrage.

Dans Dunkerque, on arrive au milieu d’une opération (l’opération Dynamo, 1940, mais on s’en fout) d’évacuation, sur ordre de Churchill, de soldats anglais depuis la plage française. Les protagonistes sont nombreux et campés par quelques sommités (Cillian Murphy, Tom Hardy, Kenneth Branagh…) et de jeunes recrues mais sont presque tous anonymes. Et silencieux. Dunkerque est un film qui se regarde plus qu’il s’écoute. D’autant que les musiques de Hans Zimmer ne sont pas franchement marquantes.

Si on ne voit que les Anglais, on ne voit pas beaucoup d’émotions (coïncidence ? Je vous laisse juges). Sans le talent de Matthew McConaughey dans Interstellar, il ne passe pas grand chose entre les comédiens et le spectateur. En dépit de la pression de la guerre, on ne vibre pas pour les « héros ».

Et c’est là le principal souci de Dunkerque. Comme presque tous les autres Nolan, c’est un film doté d’un bel emballage mais un peu vide en dedans.
Malgré une mise en scène inutilement alambiquée, l’histoire est simplissime. Simplette même peut-être. Et elle est incarnée par des pantins sans saveur (si Inception résonne à vos oreilles depuis tout à l’heure, c’est normal).

En somme, Dunkerque est prétentieux et superficiel. Comme tous les Nolan. Joli mais vide. Inachevé. Incomplet. Dommage. Ratage.

Ninja Turtles 2 (2016)

tortues ninja 2 out of shadows

Les Tortues Ninja sortent de l’ombre pour plus plus plus de lumières

Plus plus plus. Voilà comment on peut résumer ce sixième long métrage sur les tortues mutantes.
Plus de personnages, plus de couleurs, plus d’action, plus de fan service, mais aussi plus de vannes foireuses, de scènes idiotes et de ratages en tous genres qui n’empêchent pas le résultat d’être plus fun.

Quel plaisir de voir réunis tous les bonhommes qui ont fait les heures joyeuses ou malheureuses (si vous avez joué au jeu éponyme sur NES) de notre enfance. Ils sont TOUS là. Casey Jones, Krang, Bebop et Rocksteady, Baxter Stockman sans oublier que les essentiels que sont les tortues, Splinter, April O’Neill…

Il y en a tellement, ça fait presque trop. Il est impossible de développer un quelconque arc narratif un peu en profondeur. On ne fait que survoler et enchaîner les scénettes. On ne s’y retrouve plus. Tout va trop vite.
Et puis… Le vrai gros problème, c’est qu’à l’origine, avant de devenir un dessin animé pour enfants, les tortues Ninja étaient les héros torturés d’une bande dessinée sombre, créée par Eastman et Laird. Baxter était un salopard manipulateur qui zigouille Splinter (Oups, spoil) au lieu d’être un nerd frustré et stupide. Et sans remonter si loin, Casey était un psychopathe attachant dans le premier film, un mec pas net, pas le débonnaire et incohérent flic colérique qui pourtant n’arrête pas de sourire et demeure super obéissant que cet épisode nous inflige.
Krang de Tortues Ninja 2 Out of shadows
En dépit de ces nombreuses tares, tout n’est pas à jeter. Les quatre tortues, quand bien même caricaturées dans cette franchise (il suffit de voir les « détails » qui les différencient), restent les tortues de notre enfance qui pètent la classe et défoncent tout sur leur passage. Ce film ne manque pas à la règle. Et il nous offre qui plus est un Krang et un Technodrome des plus terrifiants. D’ailleurs, ce vilain super flippant malgré un second degré de chaque instant pose la question : à qui s’adresse le film ? Aux gosses qui seront terrorisés par la bestiole ? Aux adultes qui vont râler après toutes les faiblesses du film et l’humour ras des paquerettes du rhino et du phacochère ? On n’est pas sûr…

Mais ne boudons pas notre plaisir. Rares sont les films aussi colorés et déjantés à sortir aujourd’hui. L’action effrénée ne fera pas disparaître tous les gros défauts de l’intrigue, des personnages ou du scénario, vraiment trop léger, mais il fait le job. On ne s’ennuie pas, on rit parfois, et on jubile de toutes ces couleurs chaudes, criardes, qui pètent à l’écran dans ces plans alambiqués et bien vus qui filent à une vitesse folle.

Vivement un troisième opus, plus mature si possible.

Unfriended (2015)

unfriended screaming frightening face

Like / pouce vert

Pour ne pas passer une énième soirée devant mon écran d’ordinateur (pour faire plaisir à ma mère/ femme/ maîtresse, rayez les mentions inutiles), j’ai voulu me mettre un film… Et je me suis retrouvé devant un écran. D’ordinateur. Si si. Mais attention, c’est le film qui présente comme seule et unique prise de vue l’écran de l’héroïne, la bien nommée Blaire. C’est pas moi, j’y suis pour rien.
Et si je n’avais pas passé un aussi bon moment, je me serais posé de sérieuses questions. Et ma mère/ femme/ maîtresse aurait fait la gueule.

Mais non, pas besoin, la sauce a pris. Sur cette idée super originale, une histoire complète et prenante se déroule, de la date anniversaire du suicide d’une camarade de classe jusqu’au dénouement, sans qu’on quitte jamais le MacBook de Blaire, cette lycéenne si jolie, sympa, propre sur elle…

Les réseaux sociaux, c’est hyper dangereux en fait

Dans l’ensemble, les personnages sont un peu transparents mais ils sont beaux, ils jouent relativement bien, ça colle. L’ambiance se développe et on est happé par cet environnement si familier (NB : si vous n’avez jamais touché un ordi de votre vie et que vous ne connaissez rien à Facebook, Skype, iMessages, Youtube, vous risquez d’éprouver quelques difficultés pour suivre, d’autant qu’une bonne partie du film n’est composée que d’échanges de textes, mais bon, si vous n’avez jamais touché un ordi, il y a peu de chances que vous puissiez lire cette critique).
En tous cas, le quotidien d’un jeune, campé sur son lit, son ordi sur les genoux, est retranscrit avec précision (même si, pour d’évidentes raisons de compréhension visuelle, les raccourcis clavier ne sont pas utilisés).

Instantané de la flippe

Tout s’enchaîne très vite (le long métrage dure moins d’une heure et demi) dans un crescendo efficace. Unfriended garantit quelques scènes gores, des surprises et démontre malgré tout une certaine maestria dans l’art de flanquer les jetons. Parce que pour se mettre à flipper rien qu’en lisant des textos ou en subissant des bugs et des ratés informatiques (nombreux hein, même si on est sur Mac – oui je trolle), il faut une dose de talent non négligeable.
Ça va vite, c’est la pagaille, c’est une joyeuse (du moins au début) bande de jeunes. Bon, vous avez vu l’affiche du film de toutes façons. Ça vous donne une idée de la colère dans laquelle peut vous mettre un ordi qui déconne… Et l’ordi de Blaire, il déconne à plein tube. Et ce n’est pas le seul ! Ce bordel ambiant, qui demande du spectateur une attention de chaque instant (il se passe toujours quelque chose dans un coin de l’écran, une notification importante, un texto qui arrive, il faut s’accrocher parce que vous subissez, ce n’est pas vous qui contrôlez le trackpad). Blaire, qui plus, est, maîtrise son outil et elle va vite. Pour taper, pour passer d’une app à une autre. Tout est en direct. Unfriended se déroule en temps réel.

Cyber quoi ?

Il faut également relever que le film traite du cyber bullying (qui n’a jamais été souffre douleur ?). Un thème abordé intelligemment par le réalisateur.
Enfin, on a la preuve, mais on s’en doutait (normal, ça appartient à Microsoft), que définitivement, Skype, c’est bien de la merde vu comment ça fonctionne dans le film…

unfriended horror movie scary scene

La chasse (2012)

mads mikkelsen la chasse 2012

Avant je faisais des blagues dans les titres…

Et puis il y a eu La chasse.

 

Comme son nom ne l’indique pas, la chasse n’est pas un film d’action. Mais comme il le suppose, c’est un film violent. De cette violence différente, au départ indicible, mais qui s’insinue progressivement, attaque subrepticement, jusqu’au point où, alors que vous commencez à réaliser, il est trop tard. Trop tard pour faire machine arrière. Trop tard pour accepter. Trop tard pour réparer.

La chasse, c’est l’histoire de cet homme, incarné par Mads Mikkelsen (le méchant de Casino Royale, le viking muet du Guerrier silencieux), blessé mais vivant et humain. Il travaille dans un jardin d’enfants, une sorte de centre aéré. Il vit pour ces enfants, et pour le sien, qu’il essaye de voir malgré les difficultés que fait son ex épouse.

C’est un village, où tout le monde se connaît. Les hommes chassent et boivent. Ils sont amis. Jusqu’à ce que tout se dégrade.
On revit un drame national à petites lampées. On subit la déchéance d’un homme, outrageusement authentique, poignant, digne et profond. On est chahuté par les quolibets, la voix, le ronflement qui monte, qui monte, qui submerge tout et tout le monde, jusqu’à la moindre parcelle de raison, ne laissant la place qu’à la foule, cette masse informe qui écrase et qui salit, qui ne comprend rien et qui saccage tant qu’elle peut. Cette foule qui ennuie, qui tressaille inconsciemment, s’acharne et, toujours, se refuse à se remettre en question. La chasse constitue une extraordinaire analyse sociologique de la foule, cette foule que les sociologues et psychologues ont maintes fois tenté d’expliquer.

Tous les ingrédients du dérapage sont réunis dans cette expérience sobre, propre, filmée au millimètre, gavée de photo magnifique. L’enfance, l’innocence, les croyances, les préjugés.

Thomas Vinterberg surfe magistralement sur cette vengeance qui ne s’arrêtera jamais, sur la haine, sur l’oubli, sur la bêtise et, enfin, sur cette foule, compacte et puissante que rien n’arrête, pas même les erreurs qu’elle commet, parce que les croyances sont plus fortes que les faits, parce que la foule préfère croire au drame qui justifie ses errements, parce qu’elle cherche une réponse et se satisfait de la pire car elle l’immunise et la protège contre le doute, contre l’inconnu, contre elle-même…

Un grand film.

The sex list (2014)

sex list to do list affiche

Amis amateurs de films drôles et moins légers qu’ils paraissent, nostalgiques de la période révolue des joies inextinguibles de l’American pie, hauts les cœurs ! la relève a sonné.

Cette relève, elle se nomme The to do list. Honteusement rebaptisé The sex list en français pour attirer le spectateur boutonneux en pleine floraison hormonale, le film s’adresse avant tout aux gens nés dans les années 80 ou un peu avant ayant grandi dans la glorieuse périodes des nineties.

Le générique et les premières minutes du film lancent d’ailleurs un appel des moins subtiles à cette tranche d’âge en faisant un panégyrique de l’époque de la VHS et des tenues flashy ridicules.

Un American pie féministe

Aubrey Plaza incarne Brandy Klark, une génie un peu chiante et complètement asexuée. Avant l’entrée à l’université, sa grande sœur la convainc de découvrir les joies de la sexualité, histoire de n’avoir aucune faille et tout savoir sur tout. Elle élabore alors une liste de toutes les choses qu’il faut avoir faites et entend bien valider chaque ligne.

to do list la completeCe pitch simplissime nous fait rencontrer une galerie de personnages excellents (casting parfait qui va de Donald Glover à Bill Hader en passant par Christopher Mintz-Plasse, Rachel Bilson (sublime) ou Connie Britton, acteurs révélés pour certains dans le cadre des productions Apatow et consorts (Community), qui sont des valeurs sûres.

donald glover dancing to do listLa différence avec « avant », c’est que le personnage central est une une nana  qui souhaite passer l’épreuve du feu. Ce petit changement permet toute une nouvelle série de gags franchement funs (si on est sensible à cet humour de merde, ce qui est mon cas, je vous emmerde) mais apporte aussi une vision beaucoup plus égalitaire de la chose sexuelle : les femmes ont envie, pratiquent, découvrent dans la joie et la bonne humeur. Elle ne sont pas considérées comme des objets ou des faire-valoir…

Ein big problem

… Enfin, jusqu’à la fin. Si la structure très classique du film (la comédie romantique de base) n’est pas particulièrement engageante, elle se dévoile néanmoins de manière amusante et jamais ennuyeuse. Le seul problème, c’est cette fin aussi prévisible que millimétrée. L’actrice sort de son rôle, s’impose en narratrice moralisatrice et donneuse de leçons de vie aussi inutiles que gênantes dans un long métrage qui a su rester, jusqu’à ce moment, jubilatoire grâce à son fond nature et décomplexé.

amberMais ne boudons pas notre plaisir plus longtemps. Bien qu’on puisse regretter un tel amoncellement de clins d’œil à notre fibre nostalgique (on pourrait réutiliser le film comme un document historique à destination de la nouvelle génération qui n’a pas connu ces années là), l’ensemble tient la route, nous fait rire, apporte un peu de fraîcheur à un genre qui en avait bien besoin et nous fait passer un moment au paradis des couleurs criardes et des stéréotypes cosmogoniques.

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Le loup de Wall street (2013)

le loup de wall street affiche logo

Un type a dit que 2013 avait apporté des blockbusters de grande qualité, et il a cité Django Unchained et Le loup de Wall Street.

Que Le loup de Wall Street soit un blockbuster ne fait aucun doute, c’est sur ; qu’il soit de grande qualité, tout dépend de quel point de vue on se place.

Ah c’est sur que lorsque Scorsese réalise, il y a des choses sur lesquelles on peut compter sans crainte. Le film sera forcément bien tourné, forcément bien joué, forcément bien écrit.
Le loup de Wall Street est effectivement bien tourné, bien pensé. Les acteurs y sont formidables et bien choisis, on voit qu’ils prennent du plaisir, et on croit à ce qu’ils font, même si l’on regrette le faible rôle qu’y joue Matthew McConaughey. Le duo DiCaprio Scorsese fonctionne à merveille, le premier s’en donne à cœur joie pendant tout le film, vivant son personnage à fond.

Il faut aussi féliciter les dialoguistes, dont le travail confine au génie. Les deux premières heures du film sont hilarantes, les échanges fusent comme des balles de tennis servies par un mec qui sait servir, on se marre en même temps qu’on les voit faire et dire toutes ces conneries, s’éclater entre potes, vivre au huitième degré. À ce titre, la discussion concernant le lancer de nains est un exemple parfait de ce qu’offre le film : des répliques drôles, cinglantes, des enchaînements millimétrés, un régal.

D’ailleurs, si on regarde, les deux premières heures du film sont à l’image des dialogues : impeccables, calibrées, jubilatoires, passionnantes. Jordan Belfort est une raclure très attachante, qui s’entoure de potes pour conquérir le monde. Un monde qui lui ouvre les bras de sa superficialité, celle dont on se suffit et qu’on se complait à aimer à la folie.

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Mais ce film est une intrigue de désillusion parfaite, sans fioritures, et au final sans originalité. Un ponte de l’écriture de scénario, Robert McKee, a dit que seules les vingt dernières minutes d’un film comptent. S’il a raison, dans le sens où ce sont effectivement ces vingt dernières minutes qui laissent le souvenir et les émotions de toute l’œuvre dans le cœur du spectateur, c’est aussi là que Le Loup de Wall Street se plante.
La désillusion suppose la déchéance de son protagoniste, et il fallait que Jordan Belfort se gamèle, d’autant qu’il semblerait qu’il s’agisse d’une histoire plus ou moins vraie.

Le problème, c’est la façon dont la gamèle arrive. D’abord parce qu’on ne comprend pas ce qui est illégal, et même si ça n’a pas trop d’importance dans le déroulement du film, ça fait un poil tâche. Ensuite, et surtout, parce que le personnage de Jordan finit par perdre toute crédibilité en agissant comme un débile. Ce n’est pas le seul personnage dont la logique disparaît. Il suffit de voir son épouse à la fin du film, qui deviendrait d’un coup ce qu’elle n’a jamais été, au mépris de ce qu’elle a toujours été.

Ce qui cloche avec la dernière heure, c’est qu’on sait ce qu’il va se passer. Et qu’on s’emmerde terriblement. Tout l’intérêt se joue sur des détails à un moment où on est déjà sorti de l’intrigue, classique à en mourir, ennuyante parce que classique, pauvre pour le public, nulle pour son réalisateur pourtant si prolifique et génial parfois.

Enfin, le sous-texte du film demeure assez illisible. Parce que Jordan accomplit des choses illégales et s’en met plein les poches, on comprend que l’argent c’est mal, que ça brûle. Le spectateur comprend qu’il vaut mieux qu’il reste pauvre. Et puis quand on a de l’argent, on en fait toujours n’importe quoi, la preuve avec toute cette drogue, ce sexe, … L’ennui, c’est que environ quatre millions d’histoires ont raconté cette version.
La vérité, c’est que ce que fait Jordan de manière illégale, des tas de banques (qui ont, paraît-il financé le film) le font de manière licite en provoquant plus de problèmes que Jordan. La vérité, c’est que l’histoire des pourris trop riches qui tombent est éculée. La vérité, c’est que cette justice, on n’y croit plus. La vérité vraie, c’est que devoir se fader encore une histoire comme celle-là, ça fout la gerbe, merde.

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Jurassic world (2015)

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L’époque Crétin c’est

Jurassic world commence par une scène débile, en 3D mal foutue, d’œufs qui éclosent. Comme dans Jurassic Park premier du nom. Mais dans le premier film, ce n’était pas la première scène, c’était un événement. Filmé comme il se devait, avec la mise en scène de la découverte. Là, c’est plutôt rassis, à l’image de tout le film.

Ensuite, on a droit à un jeu méta consistant à mettre parterre les rêves et les joies d’il y a 20 ans. C’est cet homme qui a un t-shirt Jurassic Park et qui trouve qu’un parc avec des dinosaures, c’est bien, suffisant, et qu’on n’a pas vraiment besoin de monstres modifiés génétiquement, qui l’illustre. Il est infantilisé (un adulte avec des figurines sur son bureau) et renvoyé dans ses cordes. Tout ça c’est vieux, il faut tout jeter, achever l’adulescence et passer aux choses sérieuses.
Et c’est l’objectif plus ou moins affirmé de JW : nous montrer sa toute puissance. Derrière un paravent de second degré, consistant à présenter les capitalistes comme des imbéciles qui en veulent toujours plus (ce qu’ils sont), c’est véritablement une mise à mort des valeurs à laquelle on assiste. Tout est sacrifié au spectacle. L’exemple le plus frappant est cette scène avec les dinosaures marins qui prend une tournure d’autant plus acerbe qu’elle est filmée au premier degré, celui d’un grand spectacle qu’il faut avoir vu et dont la résonance avec l’actualité récente, où Seaworld est de plus en plus montré du doigt par les défenseurs des animaux sonne bizarrement aux oreilles. Cette absence de recul instille un propos assez dégueulasse, malsain.

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Kamoulox du scénario

Le film démarre vraiment avec un tour en hélicoptère d’une durée infinie, rendue encore plus longue par la faiblesse des effets spéciaux (on devine bien une maquette incrustée sur un fond vert) qui donne cet étrange sentiment que la technique a régressé depuis 1993.

Puis les poncifs s’enchaînent : un gardien de la galaxie forcément beau gosse (Chris Pratt, encore présent pour sauver la veuve et l’orphelin) se retrouve confronté à une rousse méchante et bonne (Bryce Dallas Howard), venue plus ou moins remplacer Hammond (l’ancien directeur du premier Park), mais pas tout à fait non plus puisqu’Hammond a légué son œuvre foireuse à Masrani, un indien richissime dont le rôle aurait pu être intéressant s’il avait été poussé au-delà d’une mimique de froncement de sourcils et de décisions stupides (c’est la caution « yeux globuleux et humour absurde et pas drôle » autrefois confiée avec plus de succès à Jeff Goldblum).
Le film se déroule ensuite de manière totalement WTF : Grady (Pratt) donne des ordres à des vélociraptors colorés, fait équipe avec Claire Dearing (Dallas Howard, qui est en fait une ex mais pas complètement puisque visiblement, il n’ont pas consommé) contre un dinosaure qui n’existe pas et qui est capable d’organiser une stratégie de conquête tout en étant totalement ignorant du monde qui l’entoure. Oui, c’est très fort et ça mérite quelques précisions : toute l’intrigue du film repose sur le fait que cette pauvre bête, demeurée enfermée toute sa vie, ne connaît rien au monde. Néanmoins, elle est capable d’organiser une diversion pour sortir de l’enclos et tromper ses gardiens (qu’elle ne connaît pas). D’ailleurs, à propos du gardien en question : dans un parc hyper sécurisé, il est chargé de surveiller la bête la plus dangereuse et secrète au monde. Lorsque tous les écrans affichent une disparition de l’animal, sa première réaction est d’avaler une bouchée d’on ne sait quel aliment. À l’image du reste du film, même les personnages se foutent de ce qui leur arrive.
Putain. Ils ont osé.

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Et ce n’est pas le pire. Plusieurs héros, dont on nous rabâche les oreilles tout au long du film, ne jouent aucun rôle si ce n’est de remplir du Giga Octet sur le disque. Barry (Omar Sy) ne sert à rien. Du tout. Hoskins (Vincent d’Onofrio) semble un temps, dans un rôle caricatural de méchant sans l’être mais avec l’ambition violente du militaire de base (pléonasme), pouvoir incarner une source de tension mais au bout du compte, lui non plus ne sert à rien. Idem pour Wu (B. D. Wong, le professeur qui crée les dinosaures) ou Zara Young (Katie McGrath, la « nounou » forcément bonnasse des 2 gosses).

La violence des dinosaures et la justesse dramatique des morts et des rebondissements du premier opus forçaient l’admiration, Jurassic World s’étale devant les yeux du spectateur comme un amas de graisse que rien ne semble pouvoir arrêter : film fast-food qui ne sait pas où il va parce qu’il est trop gras pour voir ses pieds. Absurde.

Une honte organisée et calculée

Mais les pires tares du film restent son incroyable arrogance et sa rancœur. Le génie du mal à l’origine de la création de la bête (Wong/Wu) et la rousse (Dallas Howard/Dearing) nous l’assènent avec fierté : d’abord, le « public » en veut toujours plus. Les dinosaures, c’est dépassé, ça ne fait plus venir personne. Les focus groups l’ont prouvé. Et le second élément est qu’il faut savoir que tout ce que vous avez pu voir par le passé (donc dans les films précédents dont vous revendiquez l’honnêteté et l’authenticité pour descendre cet opus) est faux.

On a la désagréable impression que les scénaristes ont voulu jouer les marketteux (ou qu’on a confié les reines du scénario à des marketteux, qui se sont basés sur les mêmes études de marché idiotes que celles revendiquées dans le film pour justifier la création du monstre) et que ceux-ci ont ironisé sur cette situation : « on sait qu’on fait de la merde, mais on va la justifier par la stupidité du public tout en détruisant leurs rêves. »

Comme ce petit garçon jaloux de voir son camarade de classe encore émerveillé des cadeaux qu’il a reçus à noël et à qui il dit pour se venger que le père noël n’existe pas.

Une diarrhée d’Indominus Rex

Pour conclure, Jurassic World un film vraiment poussif, technologiquement à la ramasse, doté d’un propos plus que douteux. Le tout appuyé sur une structure vieillotte calquée sur le film d’origine (la découverte du centre, les enfants livrés à eux-mêmes —une chance qu’ils ne soient pas trop débiles même si le mini génie est une caricature insupportable—, la course poursuite et le final… digne de Godzilla contre King Kong —on me signale que le mot politiquement correct pour qualifier ce final est « merdique », je le reproduis donc ici sans commentaire supplémentaire), et ce malgré la musique d’origine géniale, ici pourtant un peu saccagée, imposée et réarrangée n’importe comment, rendant inopérant le souffle épique qu’elle insufflait à l’aventure.

TL;DR

Ce film est une purge immonde, ne le voyez pas. Jamais.

Vice versa

Et réciproquement

vice versa joie

À chaque fois que Pixar (ou désormais Disney) sort un film d’animation, on a le droit à la même rengaine : le roi est de retour, tout le monde au garde-à-vous, à trois criez que c’est le film du siècle, criez que vous aimez à la folie, que c’est un chef-d’oeuvre, que vous en redemandez et que c’est le meilleur film d’animation jamais réalisé.

Alors. Bon, faites-le.

Ça y est, ça va mieux ? On peut passer aux choses un peu sérieuses ?

Commençons par éliminer le dérisoire : comme pour tous les Pixar, comme tous les films, d’animation ou pas, voir Vice-versa n’est pas le signe de l’infantilisation de notre société. Seuls des gros mots peuvent qualifier les personnes qui pensent des choses pareilles et ce n’est carrément pas notre genre d’employer de tels mots.

Comme d’habitude avec Pixar, nous avons droit à un monde fabuleux, où la simplicité côtoie avec bonheur le génie de l’originalité. C’est bien la marque des grands que de présenter de manière claire des concepts loufoques, abstraits, voire abscons, du moins complexes, riches.

Encore une fois bravo à Pixar, c’est une excellente idée que de représenter les émotions et le centre de commandement du cerveau humain, les interactions et tout ce que ça engendre. C’est joli, ingénieux, mignon, légèrement grotesque mais jamais lourd, drôle, en tous cas amusant.
C’est du Pixar. Bref, c’est un travail de grande qualité qui plaira de manière élaborée aux plus jeunes tout en parlant aux adultes dans une langue qu’ils aiment (enfin, sauf s’ils bossent au Figaro, mais c’est une autre histoire).

Allons plus loin : Pixar a tellement bien fait son boulot que chaque situation de la vie « réelle », remixée et interprétée via le centre de commandement, ces cinq petites bestioles représentant chacune une émotion, qui opèrent grâce aux souvenirs, aux souvenirs majeurs, aux îles de la personnalité, chaque situation est une réjouissance, l’occasion de faire briller les esprits créatifs à l’origine des trouvailles, un moyen de rire et de s’esclaffer de cette douce folie qui habite ce film.

Trop d’intelligence et de dérisoire

Mais là où le bat blesse, c’est au niveau de l’histoire. Pas tellement celle des humains, conditionnée par les agissements des émotions et qui donne à voir à chaque fois les débats et les crises qui se déroulent sous nos crânes, mais justement celle des émotions en tant que personnages, Joie et Tristesse, perdues dans un univers qu’elles ne connaissent pas.
Si leur aventure est l’occasion de découvrir plus en profondeur le monde des souvenirs et la construction merveilleuse sur laquelle Pixar a assis sa dernière vision, elle est aussi malheureusement la cause de l’ennui qui étreint le spectateur en l’empêchant de jubiler.
Classique, poussive, un poil pénible (personnages sympas mais limités, tout juste sauvés par la cohérence de l’univers, situations agaçantes parce qu’illogiques…).
Du coup, comme cette aventure dans l’aventure représente une part importante du long métrage, on est forcé de se la coltiner jusqu’au bout. L’aventure de Joie et Tristesse dans la tête de Sidney n’est intéressante que dans la mesure où leurs agissements ont des conséquences pour l’adolescente. Malheureusement, on finit par perdre le fil rouge. Que risque Sidney ? De mourir à l’intérieur ? Comment se fait-il que les émotions ne comprennent que tard le sens de leur rôle véritable ?

Néanmoins, l’ensemble se tient et, rien que pour ce petit plongeon dans l’idée folle de la représentation des émotions comme un état-major, Vice-versa mérite un visionnage (pas nécessairement en 3D, pas inévitablement non plus au cinéma).

Interstellar

Il a eu le choix entre être en avance ou en retard… il n’a pas choisi

Interstellar movie

La bande annonce d’Interstellar a produit sur moi un effet inversement égal à celui qu’elle a eu sur la majorité des gens : je n’en avais rien à foutre. Mais rien. C’était inutilement mystérieux et pédant.
Après avoir vu le film, je lui reconnais néanmoins le mérite de n’en avoir rien divulgué, et c’était très bien comme ça.

Parce qu’Interstellar est un film de science-fiction dans l’espace de grande envergure avec des secrets. Comme tous les films de Nolan, on sent l’ambition (certains diront prétention et ils n’auront pas forcément tort) qui le porte.
Ici, il s’agit ni plus ni moins que de répondre à Kubrick et d’imposer une nouvelle référence du genre. Comme environ tous les films de science-fiction depuis 1968 ou presque, on retrouve quelques gimmicks tirés de 2001. La voix et l’esprit très « humain » des robots, les messages vidéos des proches restés sur terre, l’esprit des scènes dans l’espace. La patte du maître (dont la plus grande réussite est justement la beauté des scènes qu’il a tournées) se fait sentir.

Les humains, ces gros cons

Dans Interstellar, la menace est plus immédiate : les humains, ces gros cons, ont bousillé la planète. Les plantes meurent, la terre sèche, il n’y aura bientôt plus rien à bouffer. C’est un peu simpliste mais ça marche pas mal.

Du coup, il est devenu urgent de trouver une solution. Celle qui est envisagée est bien de trouver une autre planète à envahir (coloniser). Et c’est là que les protagonistes entrent en jeu. Mystérieusement mis sur la voie, ils se retrouvent embarqués dans l’aventure : la recherche de planètes habitables, le trou de ver, le trou noir géant.

À partir de là, les choses s’accélèrent : si le film dure 2h50, il faut avouer qu’on ne s’ennuie pas (enfin, sauf à un moment, mais on y revient dans un instant). Il faut récupérer les astronautes partis en éclaireurs, faire des choix importants, organiser la survie, celle de l’équipe dans l’espace et celle de l’espèce humaine. Le film prend soin de ses héros dans l’ensemble même si tout est un peu trop lisse. L’intrigue rebondit et révèle des choix audacieux, judicieux, tant en termes de scénario que d’acteurs.

Nolan est plus intelligent que vous

Malheureusement, comme dans tout film récent de Nolan, on prend le spectateur par la main pour lui faire comprendre ce qu’on affiche à l’écran. Ça devient poussif et ça le reste jusqu’à la fin, où le fantastique (les courbures de l’espace temps créent un vilain paradoxe pas du tout utile) dispute à la science-fiction une conclusion hasardeuse.

Cette pirouette permet au réalisateur de finir son film tranquilou et de laisser le spectateur dans un état d’hébètement exacerbé, entre jubilation et lassitude.
La complexité imaginaire d’un film pourtant basé sur un tas d’éléments crédibles (au moins du point de vue théorique) le perd dans les travers habituels du réalisateur. Sa prétention, alliée à une histoire rendue compliquée pour rien, provoque un ennui terrible lorsqu’on percute que Nolan nous prend pour des cons.

Plutôt que livrer un film intelligent et obscur, il se contente d’un grand spectacle facile et au lieu d’un objet profond mais simple, il préfère en saloper la portée par une manigance incohérente, un tour de passe-passe d’arnaqueur de rue.

Restent alors les idées, les plans, l’esthétique, la musique grandiose. Les qualités d’un film sympa.