Le loup de Wall street (2013)

le loup de wall street affiche logo

Un type a dit que 2013 avait apporté des blockbusters de grande qualité, et il a cité Django Unchained et Le loup de Wall Street.

Que Le loup de Wall Street soit un blockbuster ne fait aucun doute, c’est sur ; qu’il soit de grande qualité, tout dépend de quel point de vue on se place.

Ah c’est sur que lorsque Scorsese réalise, il y a des choses sur lesquelles on peut compter sans crainte. Le film sera forcément bien tourné, forcément bien joué, forcément bien écrit.
Le loup de Wall Street est effectivement bien tourné, bien pensé. Les acteurs y sont formidables et bien choisis, on voit qu’ils prennent du plaisir, et on croit à ce qu’ils font, même si l’on regrette le faible rôle qu’y joue Matthew McConaughey. Le duo DiCaprio Scorsese fonctionne à merveille, le premier s’en donne à cœur joie pendant tout le film, vivant son personnage à fond.

Il faut aussi féliciter les dialoguistes, dont le travail confine au génie. Les deux premières heures du film sont hilarantes, les échanges fusent comme des balles de tennis servies par un mec qui sait servir, on se marre en même temps qu’on les voit faire et dire toutes ces conneries, s’éclater entre potes, vivre au huitième degré. À ce titre, la discussion concernant le lancer de nains est un exemple parfait de ce qu’offre le film : des répliques drôles, cinglantes, des enchaînements millimétrés, un régal.

D’ailleurs, si on regarde, les deux premières heures du film sont à l’image des dialogues : impeccables, calibrées, jubilatoires, passionnantes. Jordan Belfort est une raclure très attachante, qui s’entoure de potes pour conquérir le monde. Un monde qui lui ouvre les bras de sa superficialité, celle dont on se suffit et qu’on se complait à aimer à la folie.

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Mais ce film est une intrigue de désillusion parfaite, sans fioritures, et au final sans originalité. Un ponte de l’écriture de scénario, Robert McKee, a dit que seules les vingt dernières minutes d’un film comptent. S’il a raison, dans le sens où ce sont effectivement ces vingt dernières minutes qui laissent le souvenir et les émotions de toute l’œuvre dans le cœur du spectateur, c’est aussi là que Le Loup de Wall Street se plante.
La désillusion suppose la déchéance de son protagoniste, et il fallait que Jordan Belfort se gamèle, d’autant qu’il semblerait qu’il s’agisse d’une histoire plus ou moins vraie.

Le problème, c’est la façon dont la gamèle arrive. D’abord parce qu’on ne comprend pas ce qui est illégal, et même si ça n’a pas trop d’importance dans le déroulement du film, ça fait un poil tâche. Ensuite, et surtout, parce que le personnage de Jordan finit par perdre toute crédibilité en agissant comme un débile. Ce n’est pas le seul personnage dont la logique disparaît. Il suffit de voir son épouse à la fin du film, qui deviendrait d’un coup ce qu’elle n’a jamais été, au mépris de ce qu’elle a toujours été.

Ce qui cloche avec la dernière heure, c’est qu’on sait ce qu’il va se passer. Et qu’on s’emmerde terriblement. Tout l’intérêt se joue sur des détails à un moment où on est déjà sorti de l’intrigue, classique à en mourir, ennuyante parce que classique, pauvre pour le public, nulle pour son réalisateur pourtant si prolifique et génial parfois.

Enfin, le sous-texte du film demeure assez illisible. Parce que Jordan accomplit des choses illégales et s’en met plein les poches, on comprend que l’argent c’est mal, que ça brûle. Le spectateur comprend qu’il vaut mieux qu’il reste pauvre. Et puis quand on a de l’argent, on en fait toujours n’importe quoi, la preuve avec toute cette drogue, ce sexe, … L’ennui, c’est que environ quatre millions d’histoires ont raconté cette version.
La vérité, c’est que ce que fait Jordan de manière illégale, des tas de banques (qui ont, paraît-il financé le film) le font de manière licite en provoquant plus de problèmes que Jordan. La vérité, c’est que l’histoire des pourris trop riches qui tombent est éculée. La vérité, c’est que cette justice, on n’y croit plus. La vérité vraie, c’est que devoir se fader encore une histoire comme celle-là, ça fout la gerbe, merde.

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Jurassic world (2015)

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L’époque Crétin c’est

Jurassic world commence par une scène débile, en 3D mal foutue, d’œufs qui éclosent. Comme dans Jurassic Park premier du nom. Mais dans le premier film, ce n’était pas la première scène, c’était un événement. Filmé comme il se devait, avec la mise en scène de la découverte. Là, c’est plutôt rassis, à l’image de tout le film.

Ensuite, on a droit à un jeu méta consistant à mettre parterre les rêves et les joies d’il y a 20 ans. C’est cet homme qui a un t-shirt Jurassic Park et qui trouve qu’un parc avec des dinosaures, c’est bien, suffisant, et qu’on n’a pas vraiment besoin de monstres modifiés génétiquement, qui l’illustre. Il est infantilisé (un adulte avec des figurines sur son bureau) et renvoyé dans ses cordes. Tout ça c’est vieux, il faut tout jeter, achever l’adulescence et passer aux choses sérieuses.
Et c’est l’objectif plus ou moins affirmé de JW : nous montrer sa toute puissance. Derrière un paravent de second degré, consistant à présenter les capitalistes comme des imbéciles qui en veulent toujours plus (ce qu’ils sont), c’est véritablement une mise à mort des valeurs à laquelle on assiste. Tout est sacrifié au spectacle. L’exemple le plus frappant est cette scène avec les dinosaures marins qui prend une tournure d’autant plus acerbe qu’elle est filmée au premier degré, celui d’un grand spectacle qu’il faut avoir vu et dont la résonance avec l’actualité récente, où Seaworld est de plus en plus montré du doigt par les défenseurs des animaux sonne bizarrement aux oreilles. Cette absence de recul instille un propos assez dégueulasse, malsain.

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Kamoulox du scénario

Le film démarre vraiment avec un tour en hélicoptère d’une durée infinie, rendue encore plus longue par la faiblesse des effets spéciaux (on devine bien une maquette incrustée sur un fond vert) qui donne cet étrange sentiment que la technique a régressé depuis 1993.

Puis les poncifs s’enchaînent : un gardien de la galaxie forcément beau gosse (Chris Pratt, encore présent pour sauver la veuve et l’orphelin) se retrouve confronté à une rousse méchante et bonne (Bryce Dallas Howard), venue plus ou moins remplacer Hammond (l’ancien directeur du premier Park), mais pas tout à fait non plus puisqu’Hammond a légué son œuvre foireuse à Masrani, un indien richissime dont le rôle aurait pu être intéressant s’il avait été poussé au-delà d’une mimique de froncement de sourcils et de décisions stupides (c’est la caution « yeux globuleux et humour absurde et pas drôle » autrefois confiée avec plus de succès à Jeff Goldblum).
Le film se déroule ensuite de manière totalement WTF : Grady (Pratt) donne des ordres à des vélociraptors colorés, fait équipe avec Claire Dearing (Dallas Howard, qui est en fait une ex mais pas complètement puisque visiblement, il n’ont pas consommé) contre un dinosaure qui n’existe pas et qui est capable d’organiser une stratégie de conquête tout en étant totalement ignorant du monde qui l’entoure. Oui, c’est très fort et ça mérite quelques précisions : toute l’intrigue du film repose sur le fait que cette pauvre bête, demeurée enfermée toute sa vie, ne connaît rien au monde. Néanmoins, elle est capable d’organiser une diversion pour sortir de l’enclos et tromper ses gardiens (qu’elle ne connaît pas). D’ailleurs, à propos du gardien en question : dans un parc hyper sécurisé, il est chargé de surveiller la bête la plus dangereuse et secrète au monde. Lorsque tous les écrans affichent une disparition de l’animal, sa première réaction est d’avaler une bouchée d’on ne sait quel aliment. À l’image du reste du film, même les personnages se foutent de ce qui leur arrive.
Putain. Ils ont osé.

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Et ce n’est pas le pire. Plusieurs héros, dont on nous rabâche les oreilles tout au long du film, ne jouent aucun rôle si ce n’est de remplir du Giga Octet sur le disque. Barry (Omar Sy) ne sert à rien. Du tout. Hoskins (Vincent d’Onofrio) semble un temps, dans un rôle caricatural de méchant sans l’être mais avec l’ambition violente du militaire de base (pléonasme), pouvoir incarner une source de tension mais au bout du compte, lui non plus ne sert à rien. Idem pour Wu (B. D. Wong, le professeur qui crée les dinosaures) ou Zara Young (Katie McGrath, la « nounou » forcément bonnasse des 2 gosses).

La violence des dinosaures et la justesse dramatique des morts et des rebondissements du premier opus forçaient l’admiration, Jurassic World s’étale devant les yeux du spectateur comme un amas de graisse que rien ne semble pouvoir arrêter : film fast-food qui ne sait pas où il va parce qu’il est trop gras pour voir ses pieds. Absurde.

Une honte organisée et calculée

Mais les pires tares du film restent son incroyable arrogance et sa rancœur. Le génie du mal à l’origine de la création de la bête (Wong/Wu) et la rousse (Dallas Howard/Dearing) nous l’assènent avec fierté : d’abord, le « public » en veut toujours plus. Les dinosaures, c’est dépassé, ça ne fait plus venir personne. Les focus groups l’ont prouvé. Et le second élément est qu’il faut savoir que tout ce que vous avez pu voir par le passé (donc dans les films précédents dont vous revendiquez l’honnêteté et l’authenticité pour descendre cet opus) est faux.

On a la désagréable impression que les scénaristes ont voulu jouer les marketteux (ou qu’on a confié les reines du scénario à des marketteux, qui se sont basés sur les mêmes études de marché idiotes que celles revendiquées dans le film pour justifier la création du monstre) et que ceux-ci ont ironisé sur cette situation : « on sait qu’on fait de la merde, mais on va la justifier par la stupidité du public tout en détruisant leurs rêves. »

Comme ce petit garçon jaloux de voir son camarade de classe encore émerveillé des cadeaux qu’il a reçus à noël et à qui il dit pour se venger que le père noël n’existe pas.

Une diarrhée d’Indominus Rex

Pour conclure, Jurassic World un film vraiment poussif, technologiquement à la ramasse, doté d’un propos plus que douteux. Le tout appuyé sur une structure vieillotte calquée sur le film d’origine (la découverte du centre, les enfants livrés à eux-mêmes —une chance qu’ils ne soient pas trop débiles même si le mini génie est une caricature insupportable—, la course poursuite et le final… digne de Godzilla contre King Kong —on me signale que le mot politiquement correct pour qualifier ce final est « merdique », je le reproduis donc ici sans commentaire supplémentaire), et ce malgré la musique d’origine géniale, ici pourtant un peu saccagée, imposée et réarrangée n’importe comment, rendant inopérant le souffle épique qu’elle insufflait à l’aventure.

TL;DR

Ce film est une purge immonde, ne le voyez pas. Jamais.

Dexter

Une série de droite bien dans son temps

Il aura fallu huit saisons pour connaître le périple de Dexter dans son ensemble.
Huit saisons au cours desquelles le spectateur a fait connaissance en profondeur avec un personnage, anti héros, trouble et immoral, un personnage incarnant le plus dignement, pour ses créateurs, le reflet de la société du XXIe siècle.

Dexter est un meurtrier, mais un meurtrier avec un code de bonne conduite, un manuel justifiant ses actes et son comportement. Un homme en apparence normale, mais qui tue pour survivre. Non pas parce qu’il est menacé, mais parce que c’est dans sa nature, comme un besoin, le dark passenger. Dexter est un homme qui tue parce qu’il en a besoin, cette donnée, socle de la série, est consubstantielle à sa personne.

Dexter est un personnage qui se cherche. Un homme seul bien qu’entouré d’une famille qui l’aime, de collègues respectueux et d’amis plus ou moins proches. Il est également et surtout surveillé par l’ombre de feu son père, créateur du code, ce conditionnement supposé assurer à Dexter de ne jamais se faire prendre.
Dexter hannah Yvonne StrahoskiEt c’est de cette façon que l’on suit ce héros victime d’anhédonie et d’ataraxie (une absence de sentiments positifs et une absence de trouble) au fil des saisons, au fil de son évolution. Dexter se présente, Dexter se défend, Dexter se fait des amis, Dexter trouve une femme et fonde une famille, Dexter souffre de ses premiers émois, Dexter s’affirme comme un homme, Dexter découvre l’amour et les sentiments, et enfin, Dexter subit la fin de sa série.

Six saisons étaient prévues. Dexter en a pris pour deux ans de plus. Deux ans qui n’ont pas servi à grand chose si ce n’est rallonger un café avec de la flotte, lui faisant au passage perdre un peu de son goût. Ce goût si caractéristique de la transgression.

Mais s’il faut parle de transgression, il ne faut pas, pour Dexter, se contenter de pointer du doigt l’attachement du spectateur en direction de cet homme amoral, immoral, assassin de sang froid — oui mais seulement de meurtriers avérés, de gens qui « méritaient de mourir », merci — et homme de coeur et de principes. Cette transgression, qui sert à justifier toutes les autres, est surtout un prétexte pour véhiculer un message politique et se planquer parce qu’au fond, les auteurs ont perdu en route le courage qu’ils ont donné à leur avatar.

Dès le début, Dexter incarne le justicier capable de rendre la Justice, celle avec un grand J, celle que le barreau et les tribunaux et la police sont incapables d’administrer. Dexter est un sauveur qui tue ceux qui ne méritent pas de vivre. On dirait la description du présentateur du JT de la Fox. Mais non, Dexter est bien, au début, la représentation de Jésus redescendu sur terre pour nous sauver tous. C’est d’ailleurs comme ça qu’il est dépeint. Comme ça et puis aussi, pour trouver une assise scénaristique, on va piocher dans le passé les raisons d’un tel comportement. Si Spinoza disait qu’on se croit libre parce qu’on ignore les causes qui nous déterminent, Dexter, lui apprend et accepte celles qui l’ont fait, sans se poser d’autres questions. Le sang appelle le sang. Toute la famille est comme ça, on ne change pas vraiment.

Lavage de cerveau

Et puis Dexter évolue. Il rencontre des gens insupportables qui excitent ses sens et l’éveillent à la vie. Il simule à la perfection les émotions et l’attitude sociable des gens normaux. Tel un gentleman, il est accepté par tout un tas de gens qui ne le connaissent pas mais qui voient en lui une victime. Lui comme sa soeur d’ailleurs, la pauvre femme qui se veut forte et belle, mais qui n’est qu’anorexique et capable d’une seule et unique expression. Pendant huit saisons. Colère, tristesse insondable, et les deux mélangés composent l’essentiel d’un personnage, que seules quelques phases, temporaires et courtes d’allégresse et de joie mal dirigées viennent ponctuer.

Un fois la peine de mort bien acceptée par le spectateur, une fois la mort d’innocents justifiée, ou vengée, il a fallu donner un peu de consistance à un type qui en manquait cruellement. Alliant une intelligence sans limite et une prudence à l’avenant, quelques tares incompréhensibles le poussent pourtant à adopter des attitudes idiotes qui le mettront inévitablement dans l’embarras, voire dans une merde sans nom.

La série trouve toutefois un rythme sur les saisons trois et quatre, alliant une mise en scène et des personnages fous mais à peu près cohérents, posant des questions qui ne trouveront pas de réponses évidentes, et osant des twists surprenants, voire scotchant. Le développement d’un thème sur chaque saison permet à Dexter de s’épaissir et de donner au spectateur des raisons de continuer, des enjeux auxquels se raccrocher, même si, il faut bien l’admettre, ces enjeux relèvent souvent des valeurs traditionnelles qu’une société chrétienne et archaïque entretient : les liens du sang, la famille, le travail, le devoir, les enfants, …

Le bât commence vraiment à blesser à partir de la saison cinq, dont les enjeux, pourtant inédits et intrigants, seront sabordés sans qu’on comprenne vraiment pourquoi par une pirouette. En fait, c’est à ce moment là que la décision de prolonger la série aura été prise, peu ou prou.

Une saison six inutile n’existera que pour justifier les deux suivantes. Et la finale, tissée à la corde par une grand mère arthritique, n’apportera rien qu’une profonde déception. Comme s’il fallait trouver un moyen dans la lignée de la série pour clore une épopée. Sans choisir, sans trancher, en taillant dans toutes les pistes jusqu’alors déployées, les auteurs achèvent Dexter de la pire des façons qui soit : une repompée honteuse de 24, une sortie de biais, usant de toutes les facilités scénaristiques possibles, brisant tous les arcs et tout le personnage de Dexter qu’ils avaient su, malgré les incohérences, bâtir et rendre à peu près crédible.

Dexter demeurera comme un ovni qui s’est institutionnalisé en même temps que les mentalités ont régressé, acceptant sans broncher que la Justice personnifiée, un meurtrier sauvage remplace les principes de la vie en société. Et ces mentalités, tout comme les autres, n’auront, dans la conclusion, ni satisfaction, ni véritable insatisfaction.
Juste la sensation clairement établie qu’on est allé trop loin et qu’on s’est bien foutu de nous. Tout ça pour ça.

Dexter Julie-Benz

Vice versa

Et réciproquement

vice versa joie

À chaque fois que Pixar (ou désormais Disney) sort un film d’animation, on a le droit à la même rengaine : le roi est de retour, tout le monde au garde-à-vous, à trois criez que c’est le film du siècle, criez que vous aimez à la folie, que c’est un chef-d’oeuvre, que vous en redemandez et que c’est le meilleur film d’animation jamais réalisé.

Alors. Bon, faites-le.

Ça y est, ça va mieux ? On peut passer aux choses un peu sérieuses ?

Commençons par éliminer le dérisoire : comme pour tous les Pixar, comme tous les films, d’animation ou pas, voir Vice-versa n’est pas le signe de l’infantilisation de notre société. Seuls des gros mots peuvent qualifier les personnes qui pensent des choses pareilles et ce n’est carrément pas notre genre d’employer de tels mots.

Comme d’habitude avec Pixar, nous avons droit à un monde fabuleux, où la simplicité côtoie avec bonheur le génie de l’originalité. C’est bien la marque des grands que de présenter de manière claire des concepts loufoques, abstraits, voire abscons, du moins complexes, riches.

Encore une fois bravo à Pixar, c’est une excellente idée que de représenter les émotions et le centre de commandement du cerveau humain, les interactions et tout ce que ça engendre. C’est joli, ingénieux, mignon, légèrement grotesque mais jamais lourd, drôle, en tous cas amusant.
C’est du Pixar. Bref, c’est un travail de grande qualité qui plaira de manière élaborée aux plus jeunes tout en parlant aux adultes dans une langue qu’ils aiment (enfin, sauf s’ils bossent au Figaro, mais c’est une autre histoire).

Allons plus loin : Pixar a tellement bien fait son boulot que chaque situation de la vie « réelle », remixée et interprétée via le centre de commandement, ces cinq petites bestioles représentant chacune une émotion, qui opèrent grâce aux souvenirs, aux souvenirs majeurs, aux îles de la personnalité, chaque situation est une réjouissance, l’occasion de faire briller les esprits créatifs à l’origine des trouvailles, un moyen de rire et de s’esclaffer de cette douce folie qui habite ce film.

Trop d’intelligence et de dérisoire

Mais là où le bat blesse, c’est au niveau de l’histoire. Pas tellement celle des humains, conditionnée par les agissements des émotions et qui donne à voir à chaque fois les débats et les crises qui se déroulent sous nos crânes, mais justement celle des émotions en tant que personnages, Joie et Tristesse, perdues dans un univers qu’elles ne connaissent pas.
Si leur aventure est l’occasion de découvrir plus en profondeur le monde des souvenirs et la construction merveilleuse sur laquelle Pixar a assis sa dernière vision, elle est aussi malheureusement la cause de l’ennui qui étreint le spectateur en l’empêchant de jubiler.
Classique, poussive, un poil pénible (personnages sympas mais limités, tout juste sauvés par la cohérence de l’univers, situations agaçantes parce qu’illogiques…).
Du coup, comme cette aventure dans l’aventure représente une part importante du long métrage, on est forcé de se la coltiner jusqu’au bout. L’aventure de Joie et Tristesse dans la tête de Sidney n’est intéressante que dans la mesure où leurs agissements ont des conséquences pour l’adolescente. Malheureusement, on finit par perdre le fil rouge. Que risque Sidney ? De mourir à l’intérieur ? Comment se fait-il que les émotions ne comprennent que tard le sens de leur rôle véritable ?

Néanmoins, l’ensemble se tient et, rien que pour ce petit plongeon dans l’idée folle de la représentation des émotions comme un état-major, Vice-versa mérite un visionnage (pas nécessairement en 3D, pas inévitablement non plus au cinéma).

Hotline Miami 2 : Wrong number

Harder, stronger but not better nor faster at all

Après le succès aussi bien mérité que surprise du premier Hotline Miami, les petits gars de chez Dennaton ont remis le couvert pour une suite. Hotline Miami 2 est le parfait exemple de ce qu’on voit dans le cinéma : le suites, c’est dispensable (à part pour le Parrain 2 et quelques autres rares exceptions, ok).

Dans le jeu vidéo, le numéro deux d’une série est supposé être meilleur : plus beau, plus maniable, les mécaniques de jeu sont affinées, les détail revus et augmentés… Bref, une suite, en jeu vidéo, c’est pareil mais en mieux.

Sauf que ça ne marche pas avec Hotline Miami 2. S’il reprend bien le principe de base de son grand frère, à savoir le massacre organisé de tout ce qui bouge à l’écran dans des environnements fermés, le tout entrecoupé de scénettes perchées mais attachantes sur fond de musique électro déjantée, Wrong number se perd dans le too much.

On incarne trop de personnages dans trop de temporalités pour réussir à suivre et le jeu est… comment dire ?

 

Rêve de drogué, mauvais numéro

Ton côté serial killer est de retour. Tu te balades dans des environnements colorés qui font penser que tu as pris de la drogue et que tu t’es endormi pendant ton overdose. Ça pique les yeux au point de te faire pleurer un peu de sang mais tu souris parce que tu retrouves cette sensation, celle d’il y a quelques années.

L’ennui, c’est que tu ne vois pas grand chose. Tu utilises le bouton pour voir beaucoup plus loin et on te tire dessus. Tu prends l’habitude de scruter l’horizon avant chaque déplacement. Tu deviens méfiant. Craintif. Privilégier la survie à la tragédie n’a jamais été ta came mais quand on n’a pas le choix, on n’a pas le choix. Tu regrettes d’être si empoté pour ne pas réussir à jongler entre les armes, les munitions et les ennemis qui arrivent de toutes parts. Tu te prends à regretter le temps d’avant, celui où tu passais d’une salle à l’autre sans avoir besoin de jumelles.

Tu as cette bizarre sensation d’être dans un jeu vidéo : trop de codes sont représentés : nouveaux ennemis, nouvelles armes, nouveaux niveaux. La Drogue, le retour. Niveaux plus grands, plus nombreux. Nouveaux persos, nouvelles capacités, nouveaux détails, nouveaux trucs qui bougent… Tu as le vertige, tout est trop vaste, long et difficile. La transe qui t’a autrefois traversé se transforme peu à peu en bad trip. Tu as les nerfs en pelote mais rien sur quoi les passer. Ah si, ce chien qui vient te bouffer la gueule et que tu n’as pas vu venir. Ni cette rafale de fusil à pompe qui te cartonne à cent mètres. Ni ce prisonnier plus fort à mains nues qu’armé jusqu’aux dents et qui file comme Nagaouika, plus vite que le vent. Ni cette histoire décousue à te faire croire que ton cerveau est en train de fondre. Ni ces mecs qui ne meurent pas. Ni ces couloirs sans fin. Ni… Ni…

Le réveil sonne plutôt comme une délivrance. La fin du jeu aussi, après une descente dans les mémorables abysses du cauchemar de détox. Tu en garderas un souvenir pas mauvais, parce qu’avec le temps, les souvenirs s’améliorent. Les beats t’ont terrassé les oreilles de bonheur, les différentes habiletés que t’ont conféré les nouveaux personnages ont varié tes plaisirs sadiques, les sensations du meurtre à grande échelle ET à la main ont fait vibrer ton petit cœur de psychopathe. Mais ça ne suffit pas. L’overdose d’héroïne, sans adrénaline, ralentit ton rythme cardiaque. Ça pulse moins. Il manque quelque chose. Il manque l’énergie, la vibration du premier fix.

Il n’aurait jamais du y en avoir un second.

hotline miami 3 screen

Jeu disponible sur : PC, Mac, PS4, PS Vita, PS3

Hotline Miami

Ami ami avec la mort

Hotline-Miami
Vous êtes complètement perché. Vous êtes tellement haut que vous commencez à voir trouble, et quand vous ne voyez pas trouble, vous voyez en bouillie colorée. Si vous avez mal aux yeux, vous souffrez vraiment. Sinon, vous acceptez la bouillie, comme un masque volontaire, cohérent. Vous vous voyez vous-même de haut, comme depuis une caméra de plafond mobile qui suit tous vos mouvements. Ou dans un jeu vidéo, type années 80. La bouillie visuelle vous fait penser à ça d’ailleurs, un vieux jeu vidéo.

Quant à l’époque, tiens, vous n’y aviez pas pensé. 1989. Vous sentez bien que vous êtes au XXIe siècle, mais il flotte dans cette atmosphère poisseuse et colorée, travaillée même, avec un souci du détail qui ne relève que du rêve (ou d’un film de Christopher Nolan), une impression de modernité. De neuf.

C’est un rêve hyper violent que la bouillie aide à digérer. Vous portez un masque saugrenu et vous hachez menu un tas de types patibulaires, au couteau, au fusil, à la brique rouge ou à mains nues. Vous les achevez en les étranglant. En les égorgeant. En leur crevant les yeux avec les pouces. Vous rencontrez des types qui portent des masques et qui vous menacent, des êtres qui n’existent pas, vous enchaînez les meurtres, comme un sauvage forcené.

Décidément, ce rêve n’est pas tout à fait comme les autres. Quelle violence ! Vous ne comprenez pas tout. Parfois, vous revivez ce qui semble être une même scène, mais d’un autre point de vue. Ou avec une autre approche. On vous tue, mais vous ne mourrez pas vraiment. Vous recommencez ce carnage incessant, démultipliant, à la manière de Manhunt, les points et les bonus au fur et à mesure de la sauvagerie qui vous étreint. Les yeux exorbités, vous jubilez, même si vous ratez votre cible, dix fois de suite, vous recommencez avec la même frénésie. C’est un rêve, vous ne vous arrêtez pas.

Vous répondez à ces coups de fil étranges qui vous envoient massacrer ces hordes sans foi ni loi. Vous élaborez votre stratégie pour être encore plus déglingué. Vous tapissez de rouge sang les murs, au rythme effréné de cette musique actuelle aux accents rétro.

Comme dans un songe, vous naviguez à vue, tâtonnez, pestez. Pourquoi ne meurt-il pas, ce salopard, quand je vide à bout portant un chargeur de mitrailleuse dans son abdomen ? Pourquoi sont-ils si rapides et moi si lent ? Comment me voient-ils si je ne les vois pas ? Un rewind instantané vous permet de repartir, cette fois mieux préparé. Vous êtes vifs, votre rêve suit la cadence. C’est une plongée incisive et farfelue dans une violence non maîtrisée.

Décidément, ce rêve n’est pas tout à fait comme les autres. Il fait penser à cette jeune femme blonde et pulpeuse que vous avez séduite, dans un autre songe solitaire, une nuit de printemps. Cette femme, belle, à la peau douce, vous l’avez prise pour un objet de désir, un coup facile, et elle vous a ridiculisé et humilié, vous laissant pantelant, bouche bée, le caleçon mouillé. Un réveil humide et désagréable. Imparfait. Mais un rêve insolent et provocateur, drôle, jouissif, dont vous gardez en bouche un souvenir amer d’un moment en apesanteur que vous regrettez. Vous êtes amoureux de cette blonde qui vous a fait un peu mal, que vous ne connaissez pas…

 

Jeu disponible sur : PC, Mac, PS Vita, PSN, PS4

Au sud de nulle part – Charles Bukowski

« Les hommes deviennent des intellectuels pour échapper au désespoir. »

Mon affection pour Charles Bukowski et ma passion déclarée pour Au sud de nulle part en disent probablement plus sur moi que sur les qualités intrinsèques pourtant indiscutables de ce recueil de nouvelles éclatées, cette œuvre magistrale.

La vie est une vibration. Enseignement majeur que Bukowski essaye de nous faire rentrer dans le crâne à coups de burin via vingt-sept nouvelles grandioses.

« Au bord de la déglingue finale, mais c’est alors qu’elles sont le plus sexy, du moins pour moi. »

au sud de nulle part couverture
couverture du livre Au sud de nulle part

Entre ses inventions géniales, une narration qui ne s’embarrasse pas de ce fatras de mots et de tentatives de sensations virtuelles, superfétatoires et artificielles qu’on trouve partout ailleurs et des tirades extraordinaires, il redessine ce que devrait être la vie pour tout un chacun et ce que l’art littéraire peut être.

Plutôt que s’emmerder à trimer, souffrir pour ne plus rien ressentir, pourquoi ne pas essayer autre chose ? Pourquoi ne pas voir la passion dans chaque moment ? Pourquoi ne pas tout donner à chaque fois, quitte à tomber de haut, se relever, monter, donner, prendre, retomber. Et se relever.

La vie est plus longue qu’on ne croit. Rien n’est jamais définitif. Les moments se suivent et à la fin, on est toujours tout seul avec, en ligne de mire, une mort, une seule.

« … Tout en stigmatisant la rancœur et l’esprit de vengeance que toute femme porte au fond de son âme. C’est pourquoi seuls les hommes souffrent. »

Au sud de nulle part, encore plus que d’habitude, fait la part belle non seulement à des historiettes classes et prenantes mais aussi à des monuments de littérature, des citations magistrales. De grandes petites phrases comme dirait l’autre

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« Les cinglés et les poivrots sont les derniers saints de la terre. »

Entre des discussions imaginaires avec Hemingway, les rencontres féminines et les cuites à répétition, la poésie trouve ici une place idéale, parfaite, magnifique et simple. C’est comme ça qu’on fait de la poésie. C’est de là qu’elle vient. De la terre, de la sueur et du sang. Pas des salons et de la soie. Voilà une leçon. L’être plutôt que l’avoir.

« Une fois de plus, nous nous séparons définitivement. »

Interstellar

Il a eu le choix entre être en avance ou en retard… il n’a pas choisi

Interstellar movie

La bande annonce d’Interstellar a produit sur moi un effet inversement égal à celui qu’elle a eu sur la majorité des gens : je n’en avais rien à foutre. Mais rien. C’était inutilement mystérieux et pédant.
Après avoir vu le film, je lui reconnais néanmoins le mérite de n’en avoir rien divulgué, et c’était très bien comme ça.

Parce qu’Interstellar est un film de science-fiction dans l’espace de grande envergure avec des secrets. Comme tous les films de Nolan, on sent l’ambition (certains diront prétention et ils n’auront pas forcément tort) qui le porte.
Ici, il s’agit ni plus ni moins que de répondre à Kubrick et d’imposer une nouvelle référence du genre. Comme environ tous les films de science-fiction depuis 1968 ou presque, on retrouve quelques gimmicks tirés de 2001. La voix et l’esprit très « humain » des robots, les messages vidéos des proches restés sur terre, l’esprit des scènes dans l’espace. La patte du maître (dont la plus grande réussite est justement la beauté des scènes qu’il a tournées) se fait sentir.

Les humains, ces gros cons

Dans Interstellar, la menace est plus immédiate : les humains, ces gros cons, ont bousillé la planète. Les plantes meurent, la terre sèche, il n’y aura bientôt plus rien à bouffer. C’est un peu simpliste mais ça marche pas mal.

Du coup, il est devenu urgent de trouver une solution. Celle qui est envisagée est bien de trouver une autre planète à envahir (coloniser). Et c’est là que les protagonistes entrent en jeu. Mystérieusement mis sur la voie, ils se retrouvent embarqués dans l’aventure : la recherche de planètes habitables, le trou de ver, le trou noir géant.

À partir de là, les choses s’accélèrent : si le film dure 2h50, il faut avouer qu’on ne s’ennuie pas (enfin, sauf à un moment, mais on y revient dans un instant). Il faut récupérer les astronautes partis en éclaireurs, faire des choix importants, organiser la survie, celle de l’équipe dans l’espace et celle de l’espèce humaine. Le film prend soin de ses héros dans l’ensemble même si tout est un peu trop lisse. L’intrigue rebondit et révèle des choix audacieux, judicieux, tant en termes de scénario que d’acteurs.

Nolan est plus intelligent que vous

Malheureusement, comme dans tout film récent de Nolan, on prend le spectateur par la main pour lui faire comprendre ce qu’on affiche à l’écran. Ça devient poussif et ça le reste jusqu’à la fin, où le fantastique (les courbures de l’espace temps créent un vilain paradoxe pas du tout utile) dispute à la science-fiction une conclusion hasardeuse.

Cette pirouette permet au réalisateur de finir son film tranquilou et de laisser le spectateur dans un état d’hébètement exacerbé, entre jubilation et lassitude.
La complexité imaginaire d’un film pourtant basé sur un tas d’éléments crédibles (au moins du point de vue théorique) le perd dans les travers habituels du réalisateur. Sa prétention, alliée à une histoire rendue compliquée pour rien, provoque un ennui terrible lorsqu’on percute que Nolan nous prend pour des cons.

Plutôt que livrer un film intelligent et obscur, il se contente d’un grand spectacle facile et au lieu d’un objet profond mais simple, il préfère en saloper la portée par une manigance incohérente, un tour de passe-passe d’arnaqueur de rue.

Restent alors les idées, les plans, l’esthétique, la musique grandiose. Les qualités d’un film sympa.

Bloqués

sans limites

Orelsan et Gringe dans le canapé de BloquésSans limites, Orelsan et son pote Gringe, les Casseurs flowteurs, image d’épinal de la bande de potes d’enfance inséparables, ceux dont on parle dans les chansons (d’Orelsan), ceux à qui tout réussit, se retrouvent à la télé. Et pas sur n’importe quelle télé. Ils se retrouvent sur Canal plus, la chaîne qui ose, celle qui avait une âme et qui est en train de la perdre.

Pour Les bloqués, le deal est simple : deux potes, un seul cerveau, un canapé crevé mais attachant, deux losers fainéants et un tas d’histoires à raconter. Des histoires écrites évidemment par les deux loustics mais aussi notamment par Kyan Khojandi et Bruno Muschio, les mecs de Bref. Un peu de talent, mais aussi un peu de fainéantise pour des sketchs sur le quotidien d’une paire de trentenaires qui, à l’image de Mélanie Laurent dans Dikkenek, a compris que, le but dans la vie, c’est de rien foutre.

Comme dans leurs morceaux de rap, Orelsan et Gringe truffent leurs réparties de référence à la culture avec laquelle ils sont grandi : jeux vidéo, mangas, etc. On s’y retrouve et on s’y sent bien parce que c’est fait à la fois avec simplicité et candeur. Ils n’en font pas des caisses pour placer lesdites références, elles viennent naturellement ou elles ne viennent pas. Ce n’est pas forcé (comme ce qu’on trouve dans le jeu vidéo Life is strange par exemple).

Et à l’image de Bref, les plaisanteries les plus courtes sont les meilleures. Une minute trente par épisode, c’est suffisant pour traiter un thème.

L’humour se mêle à des messages plus subtiles (Les féministes) quand les deux comparses ne se prêtent pas à un exercice de style (Johnny Depp, Trois petits chats).
Si certains épisodes sont hilarants, d’autres au contraire respirent le foutage de gueule (L’histoire sans fin et consorts) et le manque de respect du spectateur.

Du coup, lorsque c’est drôle, et ça l’est souvent, c’est trop court (Les contraires). Et lorsque c’est chiant, une minute, c’est déjà trop long.
Après une cinquantaine d’épisodes, il faut commencer à se demander : à partir de quand, même quand c’est bon, ça devient trop long ? Espérons que les auteurs et la production trouvent la réponse à cette question avant que ça devienne… chiant.