En finir avec Eddy Bellegueule – 2014

Temps de lecture estimé : 1 minutes

Pour un premier roman, qui plus est autobiographique, on peut dire qu’Edouard Louis décoiffe. Et pas qu’un peu ! Il soulève des polémiques, remue les tripes des petits journalistes parisiens, fait s’insurger les bien pensants, fait s’apitoyer les prétentieux, et donne au passage un certain plaisir au lecteur lambda. 

Et ça tombe bien parce que, des lecteurs lambda, il y en a plein. Dont votre serviteur. 

Donc on lit En finir avec Eddy Bellegueule. On a beau être réticent sur les autobiographies, on rentre dedans. On a beau être solide et avoir le coeur bien accroché, on morfle en lisant les malheurs du pauvre narrateur. On a beau aimer les destins torturés et les histoires sombres, on en a pour son argent. Et dire qu’il a vraiment traversé toutes ces épreuves. Ça fait froid dans le dos. 

Il est pourtant attachant ce petit gars. Il est né au mauvais endroit, au mauvais moment. Mais ils sont bien nombreux et on le comprend bien en lisant à être, comme lui, nés au mauvais endroit. Tous ces villages, toutes ces régions de France déclassées, tous ces pauvres qui subissent un système qui les écrase sans leur laisser la moindre chance. C’est terrible. Le petit Eddy a eu une chance inouïe dans son malheur insondable. On sent dans sa plume cette fragilité, cette conscience d’échapper à une broyeuse sans foi ni morale. 

On sent l’amour et l’ambivalence des personnages qui l’accompagnent pendant toutes ces années. On sent son désir de crier au monde qu’il a le droit d’être, lui aussi, après tout. 

Si on peut reprocher quelques problèmes de maturité littéraire (mais pour qui tu te prends connard ?), sur les questions de temporalité ou quelques tournures inutilement alambiquées, voire grammaticalement étranges, on ne peut que participer à cette (més)aventure avec délectation. Une délectation au goût doux-amer, qui remue un peu en dedans, provoque quelques introspections, fait savourer son propre quotidien merdique et insignifiant, mais une délectation quand même. Un livre qui se lit d’une traite. 

Un premier jet de grande classe qui donne envie de lire la suite et de tirer son chapeau au désormais transfuge de classe pour avoir survécu et nous rapporter ce monde fait d’injustices et rien que d’injustices. 

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