« On/Off », un philosophe dans les coulisses du Grand Journal (2013)

On Off un philosophe dans les coulisses du Grand Journal 2013 Ollivier Pourriol

Ollivier (avec 2 l) Pourriol, ex chroniqueur à Canal… Comment ? Vous ne voyez pas ? Lui non plus, et à priori, c’est normal. « C’est le format ».
Donc Ollivier Pourriol raconte dans On Off un an de chronique au Grand journal, la grand messe de Denisot, Massenet, Apathie (le plus grand journaliste du monde), et de leur farandole d’invités.
Ollivier Pourriol explique, dans une succession mi anonyme, mi éventée de dialogues, comment s’est déroulée cette année pour lui, depuis son accession au sceptre de chroniqueur et du salaire de ministre qui va avec, jusqu’à son éviction.

C’est une visite dans l’enfer du décor des plateaux télé de divertissement, où le prémâché prépare au prédigéré, où l’intelligence et la réflexion se font défoncer à coups de cutter par l’instantané et le suranné que vous propose l’auteur, engagé parce que philosophe, viré parce que s’intéressant au fond des choses.

On Off enchaîne avec une grande subtilité et un style percutant les jeux de mots tout en restant poli, respectueux de la vie privée de ses interlocuteurs dont il dépeint avec simplicité la bouleversante stupidité, et le désespoir et le vide qui habitent la profession. On Off est insolent mais pas voyeur, une de ses nombreuses qualités.

Jaurès disait que le courage, c’est de chercher la vérité et de la dire. Et c’est ce que fait Pourriol tout au long du bouquin, comme une pénitence pour avoir trop fermé sa gueule, trop accepté, trop subi.

On Off est une analyse poignante et drôle, qui démarre en comédie et sombre, subrepticement, dans le tragique. Il démarre sur les chapeaux de roue et parvient à conserver un rythme constant jusqu’à la fin, comme sur une route que vous ne voudriez pas quitter.

Dans On Off, vous assistez à la description de l’horrible monde parisiano centré où la province n’héberge que des ploucs et des Parisiens en vacances pour un repos bien mérité, un monde pédant, hautain, dédaigneux, égoïste, imbu de sa personne et stupide.

Mais l’histoire raconte aussi des personnages. Vivants. Dressant de Sarkozy le portrait le plus humain et chaleureux qu’on puisse lire, rappelant à Hollande quelques unes de ses promesses de campagne oubliées, discréditant définitivement la blague Apathie qui, dans le texte, se révèle pire encore qu’à l’oral.

Malin, Pourriol casse les murs du livre, déconstruit la structure de sa narration, alterne les dialogues réels et romancés, les situations privées et publiques, titille la curiosité malsaine et rassasie l’intellect. Il fait du lecteur un confident, contre le système qu’il dénonce.

A la fin, il rejoint Laurent Solly. La vérité ne compte pas. Ici, seuls les signes sont bons pour gaver de ce foin divertissant les cerveaux assoupis d’un public qui souffre. Une foule plus qu’un public dirait d’ailleurs Robert Ezra Park.

Ollivier Pourriol auteur de On offOllivier Pourriol auteur de On off

Bloqués

sans limites

Orelsan et Gringe dans le canapé de BloquésSans limites, Orelsan et son pote Gringe, les Casseurs flowteurs, image d’épinal de la bande de potes d’enfance inséparables, ceux dont on parle dans les chansons (d’Orelsan), ceux à qui tout réussit, se retrouvent à la télé. Et pas sur n’importe quelle télé. Ils se retrouvent sur Canal plus, la chaîne qui ose, celle qui avait une âme et qui est en train de la perdre.

Pour Les bloqués, le deal est simple : deux potes, un seul cerveau, un canapé crevé mais attachant, deux losers fainéants et un tas d’histoires à raconter. Des histoires écrites évidemment par les deux loustics mais aussi notamment par Kyan Khojandi et Bruno Muschio, les mecs de Bref. Un peu de talent, mais aussi un peu de fainéantise pour des sketchs sur le quotidien d’une paire de trentenaires qui, à l’image de Mélanie Laurent dans Dikkenek, a compris que, le but dans la vie, c’est de rien foutre.

Comme dans leurs morceaux de rap, Orelsan et Gringe truffent leurs réparties de référence à la culture avec laquelle ils sont grandi : jeux vidéo, mangas, etc. On s’y retrouve et on s’y sent bien parce que c’est fait à la fois avec simplicité et candeur. Ils n’en font pas des caisses pour placer lesdites références, elles viennent naturellement ou elles ne viennent pas. Ce n’est pas forcé (comme ce qu’on trouve dans le jeu vidéo Life is strange par exemple).

Et à l’image de Bref, les plaisanteries les plus courtes sont les meilleures. Une minute trente par épisode, c’est suffisant pour traiter un thème.

L’humour se mêle à des messages plus subtiles (Les féministes) quand les deux comparses ne se prêtent pas à un exercice de style (Johnny Depp, Trois petits chats).
Si certains épisodes sont hilarants, d’autres au contraire respirent le foutage de gueule (L’histoire sans fin et consorts) et le manque de respect du spectateur.

Du coup, lorsque c’est drôle, et ça l’est souvent, c’est trop court (Les contraires). Et lorsque c’est chiant, une minute, c’est déjà trop long.
Après une cinquantaine d’épisodes, il faut commencer à se demander : à partir de quand, même quand c’est bon, ça devient trop long ? Espérons que les auteurs et la production trouvent la réponse à cette question avant que ça devienne… chiant.