Deus ex : human revolution

Deus ex human revolution Adam Jensen

FPS basique et digicodes à noeud

Deus Ex : Human Revolution est un jeu supposé réconcilier les aficionados du premier opus, un jeu dans lequel la liberté de décision et d’évolution dans l’histoire n’était limitée que par l’imagination et la personnalité du joueur, le grand public amateur de sensations faciles et les technophiles de notre ère.

DX:HR, de son petit nom, a cristallisé, comme à chaque fois qu’une équipe replonge les mains dans le cambouis nostalgique, les espérances.

Le résultat, à l’orée de cette deuxième décennie du XXIe siècle, ne correspond pas, il faut le dire tout net, à ces rêves faits tout éveillés.

Au XXIe siècle, les jeux à la première personne, les jeux d’action, les jeux d’infiltration, les jeux bac à sable et les jeux à scénario sont légion. Pour chaque catégorie, des cadors existent, des créations à la qualité palpable, inspirant les joueurs.

DX:HR entend, plutôt que reprendre et adapter sa formule à succès qu’un deuxième opus a saccagé sans ménagement, puiser son essence dans cette mixture composée de tous ces genres pour en faire un patchwork aux motifs désormais tellement communs.

Adam Jensen est un personnage évolutif, puisque DX était un RPG. Mais point de personnalisation du gameplay ici. Le choix se résume à deux opportunités et demie : devenir un guerrier résistant et violent, ou un serpent silencieux, l’astuce se glissant dans les capacités à « convaincre » vos interlocuteurs grâce à des talents spéciaux. En définitive, l’astuce n’est qu’une illusion puisque ces talents, une fois débloqués (en une seule fois et possiblement très tôt dans le jeu) ne peuvent s’exercer que dans les conditions que dictera l’aventure, à des moments précis, et seulement à ces moments là.

L’expérience que rapportent les actes orientés infiltration étant tellement supérieure à ceux consistant à zigouiller tout le monde, il va de soi que la seule progression qui vaille la peine soit la première. Pour ce qui est des choix, on repassera. Quant à l’évolution du personnage, c’est la même chose : la grille de talents à débloquer est peu inspirée, voire pas utile. Les armes ? Leur utilisation est viciée par le système d’expérience et leur usage toujours accompagné de regrets, alors qu’elles peuvent agréables, customisables, qu’elles sont nombreuses et rendent la progression bien moins répétitive.

Mais qu’est-ce qui sauve DX:HR du naufrage alors, demandez-vous ? Pas ses graphismes pour commencer, datés, ni sa technique en général. Ni son scénario, faussement alambiqué et pas franchement intéressant. Encore moins son doublage…

Trois éléments néanmoins sauvent le jeu d’un complet naufrage.

Le premier, c’est sa précision. Si rien de grandiose n’est à relever dans le jeu, ses mécaniques fonctionnent tout de même plutôt bien. La liberté n’est qu’illusoire, mais les niveaux, s’ils sont un peu répétitifs, sont bien construits. Ça fonctionne sans tare rédhibitoire. Adam Jensen est une coquille vide que l’on peut animer selon le bon vouloir du joueur. Il peut être serviable ou odieux. Cette personnalisation a beau demeurer inutile, elle contribue à rentrer dans le trip.

Le deuxième point, c’est l’univers, et les missions secondaires. Un monde futuriste où les nanotechnologies et les implants artificiels commencent à poindre. Un monde de villes immenses, et d’hommes et de femmes tordus juste comme il faut. Des flics violents. Des hommes d’affaires verreux, des prostituées, la nuit, les pauvres, les riches, la crasse et le luxe. Un ensemble qui fonctionne bien.

Enfin, le troisième bon point, c’est le message. Ces nanotechnologies sont l’enjeu d’une société qui se cherche, et les échos, bien que relativement simplets, voire manichéens, que renvoie cette réflexion, les heurts des points de vue, les luttes d’opinion, les manipulations d’entreprises conservent un petit goût relevé et piquant. Ils fonctionnent comme un reflet déformé des symptômes de la maladie de notre époque, les incompréhensions qui séparent les communautés, la haine ignorante, etc.

DX:HR pourrait être un jeu honnête. Un peu bêta, forgé en direction d’un grand public qui souhaite s’ouvrir mais pas trop, croire qu’il réfléchit et qu’il est intelligent sans forcer. Le jeu pourrait être un divertissement fast food, oubliable. Mais ce serait sans compter sur le game design en général, qui impose des soldats idiots avec des rondes millimétrées, des conduits d’aération idéalement placés dans des endroits que le bon sens et n’importe quel architecte digne de ce nom n’auraient jamais envisagés, des mots de passe envoyés par mails dans des sociétés hyper sécurisées. Des détails. Des détails qui, mis bout à bout, parce qu’ils sont nombreux, achèvent de briser la laborieuse et fragile construction.

Une fois au bout, on est soulagé plus que satisfait. Content d’être sorti de ce monde aseptisé, un peu cheap. Trente heures pas dégueulasses, parfois même plaisantes, mais jamais vraiment à la hauteur.

En cavale

parapluie jaune passage de l'ancre paris

C’est là qu’ils avaient pris l’habitude de se donner rendez-vous depuis leur première rencontre, à Paris, dans ce petit passage aussi discret que joli.

En sortant de son hôtel, surpris par une pluie diluvienne, il s’était réfugié sous ce grand parapluie jaune. Le passage était rempli de plantes grimpantes et d’arbustes en pot. Il ne fallut pas longtemps avant qu’il soit rejoint. Elle venait aussi s’abriter, se couvrant la tête à l’aide d’une grande sacoche. Il lui sourit derrière sa barbe, sa casquette et son air hirsute et elle vint se coller à lui afin d’éviter les gouttes qui tombaient depuis le bout des baleines. Malgré le tumulte de la vie parisienne et la pluie battante, elle lui rendit son sourire.

L’eau ne cessant de tomber, ils se mirent à discuter. Son rêve, c’était de faire partie du monde. « Les gouvernements, ça me passionne. Ces hommes et ces femmes qui ont parfois tant à se reprocher et qui luttent de manière acharnée pour s’en sortir par le haut. »
Lui était à Paris « en transit », comme il disait lorsqu’on lui posait la question. Son but était surtout de se faire petit en attendant de rejoindre Arras, la Belgique puis, il l’espérait, le Danemark ou la Norvège. Disparaître.

Ils se regardaient bien droit dans les yeux. Il la trouvait magnifique et ne parvenait déjà plus à se raisonner. Elle était brillante, drôle. Ils décidèrent de se revoir au moment où, un peu hagards, ils réalisèrent que l’eau avait cessé de tomber depuis un moment. Le gérant de la boutique sortait pour les chasser de sa devanture.

Au lieu de fuir aussitôt que possible l’hôtel Bellevue et rejoindre son complice, il décida de prolonger son séjour, louant sa chambre pour une semaine complète.

Au second rendez-vous, ils marchèrent côte à côte, depuis cette boutique de réparation de parapluie, jusqu’à un petit restaurant indien où ils déjeunèrent sans se quitter des yeux et sans pouvoir se rappeler ce qu’ils avaient mangé.

Ils se revirent le soir même. Toujours sous le parapluie jaune, dans le passage de l’Ancre, il lui offrit des fleurs, l’air déjà triste. Il lui avoua qu’il ne pourrait pas rester et que ce qui le rendait triste, c’était de devoir la quitter.
Elle le rassura : « Tu es beaucoup trop vieux pour moi, je ne vais pas pouvoir m’attacher à toi autant que je le voudrais. »
Surpris, il ne répondit pas. À sa surprise, son soulagement n’était pas aussi fort que la douleur qu’il ressentait.
Elle lui asséna un coup de coude dans les côtes et s’esclaffa. Devant son air ahuri, elle se jeta à son cou et l’embrassa.
Ils finirent la soirée et la nuit à son hôtel.

Elle allait moins souvent en cours pour passer plus de temps avec lui. Elle lui racontait ce qu’elle apprenait. Les théories de la communication politique, son admiration pour les hommes corrompus qui ne tombaient jamais, les coulisses du pouvoir. Elle les qualifiait de malfrats de grande envergure qui suivent les règles. « C’est important, ça. Ils font tout dans les règles. Ils sont forts. Il faut toujours suivre les règles. »
À chaque fois, il se ratatinait un peu plus et quand elle s’en apercevait, elle venait l’embrasser, l’air de rien.

Ils faisaient souvent l’amour. D’ailleurs, c’était la première fois qu’il employait ces mots, faire l’amour. Avant elle, il disait baiser.

Quand elle lui demandait ce qu’il faisait dans la vie, il lui répondait : « je suis mon propre patron. » Rien de plus. Toute sa vie, on lui avait appris à ne pas trop en dire. À l’inverse des hommes qu’elle admirait.
C’était un demi mensonge mais qui n’a jamais embelli la réalité pour préserver une idylle naissante ?

Au bout de quelques jours, il changea d’hôtel. Puis à nouveau un peu plus tard. Il reproduisit le schéma pendant quelques semaines et ensemble, ils prirent plaisir à faire l’amour dans des draps propres et neufs, dans une chambre nouvelle, un lit inédit, qui lavaient les idées noires.

Leurs rares disputes étaient provoquées par l’aversion qu’il manifestait pour la politique. Il ne voyait ces gens que comme des voleurs. Il ne se sentait pas si différent d’eux mais les enviait pour une chose : l’adoration aveugle qu’elle leur portait.

Elle voulait devenir comme ces gens puissants. Elle l’exhortait à voir la beauté de l’ambition pure, l’attrait et le confort du pouvoir. Le frisson des jeux dangereux auxquels ils se livraient.

C’est alors que son besoin de disparaître ressurgit. Il avait trop attendu, été imprudent. Fou. Il voulait lui faire comprendre qu’il était temps que cette histoire cesse. Mais c’était difficile.
« Je t’aime » fut tout ce qu’il put lui dire pour la faire cesser.

Leur dernière nuit ensemble fut tendre et sauvage à la fois.
Il lui parla un peu de lui. De son réseau. De ses accomplissements pour obtenir et conserver le pouvoir. Il lui parla de sa fuite devenue nécessaire après que les choses eurent mal tourné pour lui et son équipe. Il lui parla de l’argent qu’il avait pris et de ceux à qui il appartenait. Il lui confia à quel point il craignait qu’elle devienne comme ceux qu’il avait servis.
Alors qu’ils étaient au lit, il la laissa lui mordiller le cou jusqu’au sang. Elle laissait sa marque, une marque qu’il garderait avec lui pour toujours. Il souriait, confiant.

Le lendemain, lorsqu’elle partit, ils se dirent au revoir de la façon la plus naturelle du monde, comme s’ils étaient persuadés de se revoir le soir même, comme convenu, sous le parapluie jaune du passage de l’Ancre.

Il s’y rendit une dernière fois pour prendre une photo, un souvenir avant de s’en aller.
Deux policiers l’attendaient au sortir du passage.

Il ne la revit ni n’obtint jamais de nouvelles d’elle.

Depuis sa sortie de prison, il continue de se rendre au passage de l’Ancre. Il n’est pas allé en Norvège. Chaque jour, il prend une photo de la petite boutique. Elle n’a pas changé en dix ans. Chaque jour, il attend un moment et il espère que le temps se suspende à nouveau, comme cette première fois, sous le parapluie jaune.

« On/Off », un philosophe dans les coulisses du Grand Journal (2013)

On Off un philosophe dans les coulisses du Grand Journal 2013 Ollivier Pourriol

Ollivier (avec 2 l) Pourriol, ex chroniqueur à Canal… Comment ? Vous ne voyez pas ? Lui non plus, et à priori, c’est normal. « C’est le format ».
Donc Ollivier Pourriol raconte dans On Off un an de chronique au Grand journal, la grand messe de Denisot, Massenet, Apathie (le plus grand journaliste du monde), et de leur farandole d’invités.
Ollivier Pourriol explique, dans une succession mi anonyme, mi éventée de dialogues, comment s’est déroulée cette année pour lui, depuis son accession au sceptre de chroniqueur et du salaire de ministre qui va avec, jusqu’à son éviction.

C’est une visite dans l’enfer du décor des plateaux télé de divertissement, où le prémâché prépare au prédigéré, où l’intelligence et la réflexion se font défoncer à coups de cutter par l’instantané et le suranné que vous propose l’auteur, engagé parce que philosophe, viré parce que s’intéressant au fond des choses.

On Off enchaîne avec une grande subtilité et un style percutant les jeux de mots tout en restant poli, respectueux de la vie privée de ses interlocuteurs dont il dépeint avec simplicité la bouleversante stupidité, et le désespoir et le vide qui habitent la profession. On Off est insolent mais pas voyeur, une de ses nombreuses qualités.

Jaurès disait que le courage, c’est de chercher la vérité et de la dire. Et c’est ce que fait Pourriol tout au long du bouquin, comme une pénitence pour avoir trop fermé sa gueule, trop accepté, trop subi.

On Off est une analyse poignante et drôle, qui démarre en comédie et sombre, subrepticement, dans le tragique. Il démarre sur les chapeaux de roue et parvient à conserver un rythme constant jusqu’à la fin, comme sur une route que vous ne voudriez pas quitter.

Dans On Off, vous assistez à la description de l’horrible monde parisiano centré où la province n’héberge que des ploucs et des Parisiens en vacances pour un repos bien mérité, un monde pédant, hautain, dédaigneux, égoïste, imbu de sa personne et stupide.

Mais l’histoire raconte aussi des personnages. Vivants. Dressant de Sarkozy le portrait le plus humain et chaleureux qu’on puisse lire, rappelant à Hollande quelques unes de ses promesses de campagne oubliées, discréditant définitivement la blague Apathie qui, dans le texte, se révèle pire encore qu’à l’oral.

Malin, Pourriol casse les murs du livre, déconstruit la structure de sa narration, alterne les dialogues réels et romancés, les situations privées et publiques, titille la curiosité malsaine et rassasie l’intellect. Il fait du lecteur un confident, contre le système qu’il dénonce.

A la fin, il rejoint Laurent Solly. La vérité ne compte pas. Ici, seuls les signes sont bons pour gaver de ce foin divertissant les cerveaux assoupis d’un public qui souffre. Une foule plus qu’un public dirait d’ailleurs Robert Ezra Park.

Ollivier Pourriol auteur de On offOllivier Pourriol auteur de On off

Marion Maréchal le Pen mouche Patrick Cohen sur France Inter

Ce matin (mercredi 9 mars 2016), Marion Maréchal le Pen était invitée sur France Inter. Le grand remplacement qu’ils disaient. Ça fout les jetons quand vous allumez la radio.

Bref, la dame s’exprime dans un français quasi parfait qui ferait rougir de honte les éditocrates de tous bords et les élus locaux de province. Elle déroule son speech en conservant un calme olympien et semble s’amuser.

Au détour d’un argumentaire plus construit qu’il n’y paraît (étonnant), elle aborde le fait que l’espérance de vie (elle parle de durée de vie, elle pense surement à son iPhone ou au dernier jeu vidéo qu’elle a terminé bien trop vite mais l’idée est la bonne) diminue.

Aussitôt, Patrick Cohen l’indomptable revêt son costume de journaliste pourfendeur de conneries et réclame à Marion Maréchal la source de son info. Prise à la gorge, la dame répond que des médecins se sont penchés…

« Vous avez des médecins… »

lui rétorque un Patrick Cohen goguenard et fier de lui.

« Enfin, doit-il se dire, je l’ai eue ».

Avant d’aller plus loin, constatons le manque de préparation du journaliste : depuis des mois maintenant, les études et les articles de presse expliquent que l’espérance de vie a commencé à diminuer. Beau joueur, c’est ce qu’il ne manque pas de rectifier quelques minutes plus tard, s’auto congratulant de fact-checker en direct.

Il passe pour un bouffon et déroule un tapis à la dame blonde aux idées sombres. Le service public a t-il besoin de ça ? Les journalistes peuvent-ils se permettre de tels manquements ?

Le pire, c’est que cette bourde n’empêchera pas la suite : Patrick Cohen demandera à Marion Maréchal pour qui elle voterait si elle était américaine et la laissera sans broncher dire que les fonctionnaires territoriaux sont trop nombreux, sous entendre qu’ils ne rendent pas de service à la population et qu’il faudrait mettre en place un système de vases communicants pour recruter plus de policiers…

Le journalisme, c’est un métier. C’est chaud quand même que si peu y soient formés de manière sérieuse.

Heureusement, les humoristes prennent le relai et font le taf.